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Derrière les murs, la prison

Témoignage - Fresne

« On est confronté en permanence à la culpabilité consciente et inconsciente du détenu, aux transgressions, à son sentiment d'abandon ; il faut pouvoir surmonter ses résistances personnelles, ses œillères, pour garder une impartialité et juger le moins possible la personne. »

Philippe LE PELLEY-FONTENY - bénévole à la fraternité Accompagnement des malades.

Sans vouloir user de mots un peu désuets, il est parfois légitime de parler de « vocation », lorsqu'il s'agit de retracer un parcours de bénévole. Philippe Le Pelley-Fonteny ne prononce pas le mot, mais le suggère, dans sa manière pointilliste d'esquisser sa trajectoire : dix ans de bénévolat, avant de rejoindre la fraternité Accompagnement des malades, et d'accompagner des détenus hospitalisés à la maison d'arrêt de Fresnes (Val-de-Marne). À l'origine, il y a déjà l'univers carcéral : il est visiteur à la maison d'arrêt de Nanterre, avec cette profession de foi : « La prison ce n'est pas seulement punir et enfermer, c'est réinsérer. ».

Poussé par le désir « d'avoir un engagement un peu plus complet », il s'oriente alors vers les soins palliatifs (1), se forme auprès de la fédération Jalmav (Jusqu'à la mort, accompagner la vie). À l'issue de cette formation, il s'enquiert des associations qui ont recours aux bénévoles, on lui parle des petits frères des Pauvres : « Chez moi, ça a fait tilt. Je les connaissais de réputation. Ils pouvaient répondre à cette exigence… ».

Philippe prend rendez-vous avec Chantal Grimaud, la directrice de la fraternité Accompagnement des malades, suit le cursus de recrutement bien spécifique : trois entretiens pour tester les motivations du candidat, une session de sensibilisation, où est éprouvée son aptitude à se laisser questionner… il accepte une mission à l'hôpital Saint-Louis en médecine interne, au chevet de malades atteints de cancers. Jusqu'à ce que Chantal Grimaud lui fasse part d'une demande émanant de l'hôpital de la prison de Fresnes. Dans le cadre de la loi du 4 mars 2002 sur le droit des malades, des détenus souffrant de maladies graves peuvent bénéficier d'une suspension de peine. Encore faut-il qu'ils puissent trouver un point de chute hors de la prison, car la plupart ont rompu avec leur famille.

Immédiatement, avant même que le partenariat avec la fraternité ne soit formalisé, Philippe acquiesce à l'« appel » et répond présent : « J'aime bien les défis, c'en était un nouveau… ».
Il rencontre les futurs partenaires, un médecin « ouvert aux soins palliatifs », une cadre infirmière et le chef de l'hôpital pénitentiaire. Et commence « modestement », dit-il, en suivant régulièrement trois personnes à partir d'août 2002, toujours étonné de la gentillesse de ces condamnés, de leur accueil.
« Nous avons sorti le premier détenu le 1er décembre 2002. Julien est arrivé rue de la Folie-Méricourt et il n'a pas vécu deux mois… », se souvient le bénévole militant, évoquant un premier accompagnement réussi, et déterminant pour poursuivre l'action, en partenariat avec la fondation Bersabée, opérateur immobilier des petits frères. Des logements spécialement adaptés peuvent accueillir ces malades en fin de vie, pourvu du « sésame » magique délivré par le juge de l'application des peines. « C'était une porte de sortie, car le service social [de Fresnes] était démuni pour trouver des foyers. Mais ça demande des moyens et une énergie extraordinaire pour s'ajuster en permanence à l'évolution de la maladie, trouver un médecin traitant, un infirmier à domicile, mettre en place une auxiliaire de vie, lorsque la personne n'est plus autonome, l'hospitalisation à domicile (HAD), ce qui veut dire un suivi de tous les instants. ».

Sur le fil du rasoir

Sérieux et déterminé, Philippe le Pelley-Fonteny, pèse ses mots, extirpe de sa mémoire des moments de grâce dans ces accompagnements sur le fil du rasoir, qui ne pourraient être menés à bien sans la disponibilité totale des bénévoles et le soutien de salariés. Et indéniablement« l'aptitude à travailler en équipe », indispensable pour accomplir ces missions. L'interdisciplinarité et la complémentarité permettent de croiser tous les regards et de favoriser un ajustement permanent vis-à-vis du malade, assure-t-il. Ainsi François, qui a quitté Fresnes le 2 mai 2006 pour s'installer dans une chambre de la résidence Gautier-Wendelen : « Il était en dialyse trois fois par semaine, il avait du diabète. Son état de santé était incompatible avec la détention. » Philippe accompagne ce détenu depuis presque deux ans. L'assistante sociale ne trouvant pas de solutions d'hébergement auprès d'autres partenaires a sollicité Marie-Liesse Lemoine, coordinatrice des petits frères, qui est venue faire une visite d'évaluation, avant que l'équipe donne le feu vert pour un hébergement provisoire. « Tout a été mis en place : la dyalise dans un hôpital du XIXe, ses consultations chez le psychiatre qui le suivait à Fresnes… » Deux bénévoles de Gautier-Wendelen ont pris le relais, et Yves Orvain, qui intervient également à la maison d'arrêt, accompagne l'ancien détenu lors des consultations ou les convocations du juge de l'application des peines.

« Nous construisons notre bénévolat avec les autres », assure Philippe, soulignant l'importance des dispositifs mis à la disposition des bénévoles, tels la transmission, ou le groupe de paroles animé par un psychologue : « Nos ressentis, notre questionnement, notre désarroi sont mis à l'épreuve des autres, et de l'animateur qui nous renvoie au travail intérieur… ».

Le scientifique qu'il est aime citer Kierkegaard, le philosophe poète, auteur d'un très beau texte qui lui permet, jour après jour, de vérifier son aptitude à rejoindre l'autre « là où il est » : est-il bien dans cette
« juste présence » qui consiste non pas à « vouloir maîtriser mais vouloir servir », parce que « tout soutien commence avec humilité / devant celui que je veux accompagner… » ?

1. Soins de confort donnés dans une approche globale à une personne atteinte d'une maladie en phase terminale. Ils prennent en compte la douleur physique, mais aussi la souffrance psychologique, sociale ou spirituelle du patient.

QUELLE ACTION ?

Accompagner des détenus gravement malades, ou en fin de vie, qui en fonction de la loi du 4 mars 2002 (art. 10) bénéficie de mesures de suspensions de peine, à l'intérieur de l'établissement public de santé nationale de Fresnes (EPSNF) dans le Val-de-Marne, et à l'extérieur de la prison.

OÙ ?

À Paris.

RÉSEAUX MOBILISÉS

Les surveillants de l'administration pénitentiaire de la maison d'arrêt de Fresnes, les soignants de l'EPSNF, les assistantes sociales qui font le lien avec l'extérieur, les réseaux de ville de soins à domicile, les médecins de ville, les juges de l'application des peines de Paris et de Créteil et leurs équipes, les bénévoles de la fondation Bersabée, et des résidences d'hébergement temporaire des petits frères

SIGNES PARTICULIERS

De décembre 2002 à juin 2006, la fraternité Accompagnement des malades a hébergé 9 ex-détenus, dont 2 sont encore en vie, le temps d'accompagnement allant de moins de deux mois à plus de trois ans. D'août 2002 à début 2006, 87 personnes ont reçu la visite d'un des quatre bénévoles de Fresnes, ce qui représente au total 519 visites.
Ce bénévolat, requiert une grande solidité psychologique et le soutien continu de l'association.
Qualités sollicitées : ouverture d'esprit, tolérance, impartialité, capacité de se remettre en question…

CONTACT : Marie-Liesse LEMOINE (Tél. : 01 48 06 45 00) marieliesse.lemoine@petitsfreresdespauvres.fr

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