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Tous les témoignages

  • Le parcours logement de Christian

    Christian a connu un parcours logement riche en rebondissements et parsemé de bien des déconvenues.

    En novembre 2009, le Conseil Général nous sollicitait afin d'effectuer un diagnostic social concernant sa situation. Alors âgé de 56 ans, il était hébergé chez sa fille à Douai. Nous avons aussitôt établi les dossiers classiques : demande de garantie FSL et demandes de logement auprès des bailleurs publics puisque Christian ne percevait et ne perçoit toujours qu'une modeste Allocation de Solidarité Spécifique.

    Sa demande était relativement simple puisqu'il s'agissait d'obtenir un studio le plus rapidement possible dans le parc public ou privé mais la concrétiser était une autre affaire ! Premier coup dur : suite au dépôt de son dossier à LMH, nous apprenions que ce bailleur le connaissait déjà pour l'avoir expulsé par le passé pour impayés. Cette piste se trouvait vite refroidie.

    Deuxième coup dur : l'urgence du relogement devenait plus prégnante, en raison de tensions relationnelles avec le compagnon de sa fille. Christian devait trouver rapidement une solution de repli mais nous ne disposions pas de logement passerelle disponible et accepter une place en foyer d'urgence n'était pas envisageable pour lui. Par chance, un de ses rares amis, propriétaire d'une maison sur Lomme, eut la gentillesse de le recueillir en mettant à sa disposition l'une de ses chambres. Nous avions alors eu pour projet de faire officialiser cette location en proposantà l'ami propriétaire notre soutien pour les formalités. Ce dernier trouva l'idée fort sympathique mais se désistaà la dernière minute, de crainte que le produit de la location ne lui fasse payer trop d'impôts. Cet ultime revers a sérieusement affecté le moral de Christian qui, progressivement, commençait à perdre espoir.

    Découragé, il ne se présentait plus aux rendez-vous que nous lui fixions. Puis nous lui avons proposé de participer à notre Atelier Recherche Logement Individualisé (qui fera l'objet d'un article dans notre prochaine lettre d'information). Christian s'est pris au jeu et la motivation est revenue, nous pouvions même l'entendre dire : « je suis content, je sens qu'on s'occupe vraiment de moi ». Après quatre participations, un bailleur privé lui a proposé de visiter un studio meublé sur Hellemmes, ville qu'il connait bien pour y avoir vécu dans ses jeunes années. Nous étions présents lors de la visite pour nous assurer que le logement correspondait bien aux normes de confort et qu'une installation autonome était possible. Tout s'est très bien passé et Christian est enfin locataire en titre depuis début février 2011. De notre côté, nous sommes heureux d'avoir mis fin à une errance de plusieurs mois, en faisant preuve de volontarisme et de patience.

    Patrice BUTTIN et Farid DRICI

  • Michel Dié, dépanneur bénévole

    Portraits de bénévoles (3/12)

    Ce sexagénaire à l'allure d'Aristide Bruant s'active sans esbroufe comme dépanneur bénévole chez les petits frères des Pauvres. Réparer, transporter, déménager, il s'organise à la demande.
    Portrait de Michel Dié, homme-orchestre.

    Aide à la sortie de l'hébergement transitoire d'Eugène Carrière : le déménagement de Galina

    La dizaine de cartons entassés dans le mini bus garé devant l'hôtel social Eugène Carrière* retient mon regard. Ce matin-là, Michel, feutre à large bord, écharpe écarlate et vareuse noire n'est pas loin. Avec Manuel et José, il déménage Galina** qui a empaqueté plusieurs kilos de robes de gala, sacs et chaussures pour les stocker dans un local loué rue des Poissonniers, à l'est du 18e arrondissement.

    Cette ancienne soprano lyrique bulgare de soixante-quinze ans souffre « d'un grave problème d'accumulation, ne jette rien et garde tout » m'explique Béatrice Locatelli, responsable de l'implantation 18e.
    Il y a quelques jours, Galina contacte Michel pour qu'il transfère des colis dans son box. Emmanuel, le Coordinateur de développement social qui l'accompagne dans son parcours logement, averti de sa démarche, s'en félicitait ». Il alterne les allers et retours, paquets dans les bras pour remplir la camionnette, tandis que Galina chante a cappella une mélodie russe tout en pistant son sac à main dans une marée de frusques. Installé dans l'habitacle, Michel vérifie notre destination, attentif à Galina. Une fois le code d'accès récupéré auprès du gardien du local, il entame un ballet de virages dans les couloirs et localise le garde-meuble. Galina souligne «ses 20 kg de trop d'où ses fringues immettables». Michel ouvre le volet d'accès, change la serrure à barillet, sermonne avec humour Galina qui a confié clef et numéro à une personne douteuse : «Attention Galina ! La serrure est neuve, on se tait». Michel et ses compagnons dégagent lampadaires et porte-manteaux pour ranger les nouveaux colis dans le réduit de 4.6 m2 bondé jusqu'au toit de valises et balluchons. Déménageur averti, il avance : «Bientôt plus de place !» A l'angle du marché Barbès, Galina étreint Michel avant de disparaître dans la foule avec son caddie.

    Déjà 15 ans de bénévolat chez les petits frères des Pauvres

     

    La retraite de cet ex fonctionnaire de la Ville de Paris sonne à 50 ans pour cause de pénibilité. Il assure avec son épouse d'alors la fonction de famille d'accueil en élevant en plus de leur fils un garçonnet de sept ans. La directrice de la DASS du coin lui confiera vingt-sept garçons en quatre ans. « J'ai eu des cas difficiles. J'ai arrêté, c'était trop lourd». Le bénévolat l'attire. Michel est missionné sur des travaux de bricolage dans deux crèches par France Bénévolat qui lui fournit les coordonnées d'associations caritatives à contacter. Bingo ! Il officie depuis quinze ans dans la première de la liste ! «J'ai commencé par accompagner trois personnes âgées sur le 8e arrondissement». Après l'ouverture du Café rue Bridaine en 1997, «j'ai animé le bar pendant dix ans : servir, jouer aux jeux de société, écouter, savoir dire non. Après trois ans au Conseil de Frat, j'ai pris la responsabilité d'un séjour vacances à Rolle au bord du Lac Léman : manager des bénévoles, organiser des sorties, veiller à l'hygiène, aux stocks et aux menus, gérer le budget et les conflits», puis enchaîne les séjours jusqu'en 2004.

    Depuis 2005 il gère le parc voitures (une Kangoo et un mini bus Renault Master). Contrôle l'état des pneus, organise les évaluations routière pour tester la conduite du van dans Paris et sur autoroute, «parce qu'on ne conduit pas un véhicule de 2.50 m de haut comme une Clio», surveille la fixation des fauteuils roulants, effectue les contrôles techniques, établit les constats, vérifie jauges d'essence et d'huile. Organise en 2010 des déménagements à Roscoff, Vannes et Nantes sur la base de projets enclenchés par l'implantation 18e et assure les courses du Café chez un grossiste alimentaire.

    Aide Yvonne, 90 ans à faire ses courses

     

    Pour l'heure, il m'entraîne chez Yvonne**, 90 ans, une personne accompagnée du 16e arrondissement. Michel signale sa présence en agitant les volets de l'appartement du rez-de-chaussée. La surdité, résultant d'une méningite contractée à cinq ans affecte Yvonne qui lit sur les lèvres. Pioupiou, sa perruche au plumage vert et jaune a quelques parasites et n'a plus rien à manger. «Elle est vive, quelques plumes repoussent en plumeau sur sa tête et elle chante !» commente Michel qui propose d'aller lui acheter de la nourriture. Il aide Yvonne à s'installer dans la Kangoo : «En route pour Carrefour», Porte d'Auteuil. « Allez, le bras et on y va » lance-t-il devant l'ascenseur du parking souterrain. «Pioupiou est sauvé» ajoute Michel lorsqu'elle saisit deux boîtes de sésame-banane puis décide de faire quelques courses «puisqu'on est en voiture.» Après un fromage aux noix de Dordogne, trois paires de collants, elle «est contente de faire un peu de marche». Il porte son sac à provisions, sort son porte-monnaie, dépose les achats sur le tapis roulant, l'aide à regagner la voiture. «Il va être heureux le Pioupiou !» affirme Michel en fixant la ceinture de sécurité de sa vieille amie. A l'arrivée, il offre son bras, ouvre la porte. Yvonne se précipite sur la cage, élimine la branche dénudée, dépose une brindille fraîche à l'oiseau chanteur qui picore les graines, pépiant au nez de la dame à la figure rosissante.

    Ce motard fan de jardinage et de vélo avoue que le bénévolat chez les petits frères a amélioré ses contacts avec autrui, lui a appris à gérer de grosses responsabilités, à se mettre au service des autres, à écouter, à donner de lui ; «j'm'y suis fait des amis, de bons copains.»

    Catherine Bretécher

     

    * Résidence Eugène Carrière, pour les personnes en début de parcours de relogement, cette structure d'hébergement transitoire permet de se stabiliser et de réapprendre à réinvestir un logement.

    ** Son prénom a été changé.

  • Irina, bénévole à la Fraternité Paris Ouest, accompagne des personnes en situation de précarité

    Portraits de bénévoles (2/12)

    Dans le cadre de l'Année européenne du volontariat-bénévolat, la Fraternité Paris Ouest se propose de faire le portrait de douze de ses bénévoles dont la personnalité illustre la pluralité de l'action bénévole et l'éventail des possibles qu'offrent les petits frères des Pauvres. Un rendez-vous régulier réparti sur les 12 mois de l'année : des profils atypiques, des témoignages authentiques construits comme un album photo.
    Aujourd'hui, le portrait d'Irina.

    Grâce à un don de TF1 à Paris Ouest et à la perspicacité d'une jeune bénévole, Joseph* en situation de précarité a bénéficié d'un confort de vie inespéré.

    « C'est un beau roman, c'est une belle histoire**» dit la chanson.

    Pour preuve : au départ, les salariés d'un groupe média souhaitent faire un don à l'occasion des fêtes, et décident de s'adresser au site de solidarité jeveuxaider.com. A l'arrivée du transporteur rue Bridaine, fin 2010, trente-six cartons. Moment que choisit Irina, 27 printemps, pour entrer en scène. C'est presque un défi d'épingler quelques heures cette ravissante aux yeux verts d'origine polonaise, tant son agenda est chargé.

    Licence de psychologie, master d'ergonomie en poche et première expérience dans la presse gratuite comme chef de projet, elle se met en quête de compléter son cursus universitaire en côtoyant des personnes âgées. France Bénévolat l'oriente vers notre association qui recherche des bénévoles pour Solitud'écoute et des visites à domicile. « J'étais intéressée par l'observation sur le terrain des personnes du troisième âge, de leurs conditions de vie, et de mesurer l'importance du lien social.» Ce sera finalement l'accompagnement de personnes en situation de précarité. Pour aider à comprendre à qui l'on a à faire, Irina rappelle sa famille éparpillée. De son grand-père avocat, elle a retenu l'image d'un papy affectueux, invalide de guerre. Un frère à Berlin, un père en Arizona, une mère qui vend des fringues vintage aux Puces, « dont je bâtis le site Internet ».

    Un don d'équipement qui tombe à pic

    A l'ouverture de la pyramide de caisses, un tableau Excel récapitule la nature et le nombre de lots, et permet aux salariés référents de pointer les besoins des personnes accompagnées au quotidien. Couettes et oreillers sont attribués d'emblée. L'occasion pour Irina de jouer « les mères Noël » pour Joseph, qui quitte un hôtel du 17e arrondissement « où il empruntait la clef du local des douches à la réception pour sa toilette hebdomadaire » pour un studio de la résidence La Jonquière, gérée par les petits frères. « L'envoi de TF1 tombait à pic. Son équipement était spartiate précise Irina » qui sélectionna le matériel de première nécessité : draps, couette, oreillers, couvre-lit, lampe de chevet, lecteur CD-radio portable. Et ustensiles de cuisine, vaisselle, couverts Laguiole, linge de table, de maison, de toilette, brosses à dents, cintres à vêtements et porte-manteaux choisis avec Joseph agrémentent son logis depuis décembre dernier. « Mon petit chez moi » me dit-il fier comme Artaban en pénétrant dans son studio blanc avec deux fenêtres ouvertes sur un parc arboré, « avec le chant des oiseaux le matin. »

    Vendredi 18 février, 8 h. J'accompagne Irina et Joseph au Centre médical Réaumur. Dans le métro Irina soliloque, consciente de l'angoisse de Joseph. Retrouver le Dr H. pour une énième visite en vue de la pose d'appareils dentaires le rend fébrile. Procédures et devis (1.689,53 €) ont été gérés en amont par Irina et le dentiste, comme la prise en charge de l'aide spécialisée aux assurés sociaux dont bénéficie Joseph, 61 ans, en curatelle en raison d'une pathologie psychiatrique stabilisée par un traitement adéquat. De même que l'accord de la Commission des aides sur la base du devis initial et le solde à la charge de l'association. Un accompagnement orchestré par Irina avec un sérieux qui n'a d'égal que l'accompagnement dont elle entoure Joseph. A la sortie de la station Sentier, elle lance : « Je vous laisse vous diriger », manière de l'autonomiser. Dans la salle d'attente, l'imminence des soins provoque l'agitation des mains de Joseph. Au comble de sa frayeur, Irina le complimente sur son rasage, et le rassure : « Aujourd'hui vous ne souffrirez pas, on prend des empreintes ». A l'appel de son nom, il accepte sa présence et part en consultation.

    Un contrat d'accompagnement pour Joseph

    Trois jours plus tard, la réunion animée par le salarié CDS*** référent rassemble Irina et Joseph et génère l'élaboration d'un contrat d'accompagnement : « Pour faire un bilan, rappeler le rôle de chacun, se projeter dans l'avenir. Un fil conducteur qui permet d'avancer par étapes » résume Irina désignant le document nominatif formalisant l'entretien paraphé par les protagonistes. Joseph raconte l'inquiétude suscitée par le départ de son ergothérapeute. Irina l'apaise : elle propose de changer le jour du spécialiste pour assister à l'Atelier Bien-Etre, dont il est friand. Joseph résume ses attentes avec humour : « Etre tranquille et peinard dans mes baskets à La Jonquière ». Irina explique l'importance des bains de bouche pour l'ancrage des prothèses sur les dents restantes et son prochain rendez-vous : « Je ne pourrai pas venir, mais vous irez sans moi. » En termes de besoins, elle mentionne la visite chez l'ophtalmologue puis la fabrication de lunettes. Joseph exprime son attente : « Un soutien moral et psychologique lors des rencontres » qui atteste du climat de confiance instauré par Irina. Suit un commentaire sur l'art de se tenir correctement à table, au respect de ce temps de partage et des règles de bienséance qui s'imposent en public, même pour blaguer. La nécessité de respecter les horaires de leur entretien hebdomadaire. Rendez-vous est fixé en juin pour une prochaine réunion tripartite, en faisant le point sur les progrès réalisés.

    ... je fais des rencontres enrichissantes, je développe des liens forts

    Lorsque j'aborde les bénéfices de son action, elle rebondit : « L'intérêt porté à l'approfondissement du projet personnel des deux personnes dont je m'occupe, acceptées dans leur singularité et leur personnalité, représente un vrai défi. Ce n'est jamais gagnant. Je m'occupe de personnes en situation de précarité depuis deux ans. Mais je garde une certaine distance avec elles en respectant leur individualité. » Elle confirme l'importance du vouvoiement qui confère un certain statut en dépit de leur désocialisation. Insiste sur « la nécessité de prendre le dossier de la personne pendant l'entretien, de le poser devant soi, même sans l'ouvrir. » Autant d'outils qui installent une saine relation d'accompagnement. «J'allège, dédramatise et décrispe. Je suis plus à l'écoute des autres, y compris l'écoute silencieuse. Et puis je fais des rencontres enrichissantes, je développe des liens forts» conclut-elle, lumineuse.

    Catherine Bretécher


    * Son prénom a été changé.
    ** Une belle histoire, Michel Fugain, Sony Music (1972).
    *** Coordinateur de développement social.

  • René, bénévole à la Fraternité Paris Ouest

    Portraits de bénévoles (1/12)

    Dans le cadre de l'Année européenne du volontariat-bénévolat, la Fraternité Paris Ouest se propose de faire le portrait de douze de ses bénévoles dont la personnalité illustre la pluralité de l'action bénévole et l'éventail des possibles qu'offrent les petits frères des Pauvres. Un rendez-vous régulier réparti sur les 12 mois de l'année : des profils atypiques, des témoignages authentiques construits comme un album photo. Voici le premier.

    Ce Breton de 63 ans accompagne de grands malades, anime un atelier « Dessin et écriture » quand il ne prend pas la responsabilité d'un séjour de vacances. Portrait d'un bénévole dans ses œuvres.

    Vous vous interrogez sur le bénévolat ? Vous voulez être utile mais hésitez sur l'action à mener ? Eh bien, René Vauléon est votre homme. Voilà un individu que vous allez apprécier car le personnage est éminemment sympathique. Sous son air détaché, il est en réalité totalement impliqué.

    René en visites auprès des personnes âgées

    Penché sur Marcelle*, 98 ans, René tombe la veste. A l'intérieur de l'hôpital Rossini, la chaleur règne été comme hiver. Elle pose sa main déformée dans la sienne. René, barbe poivre et sel proche de son visage répète pour la énième fois son prénom. Rappelle sa visite hebdomadaire depuis deux ans. De nouveau elle demande pourquoi elle est dans un bateau et ne cesse de l'appeler madame. La mémoire passoire de cette fillette égarée témoigne d'absences de repères et de bizarreries comportementales, dégradation qui l'empêche de reconnaître les lieux et les personnes. Mais Marcelle est toujours une femme par sa voix, ses rires et sa quête d'amour inépuisable. Lorsque nous pénétrons l'espace de vie habillé de verdure, elle est assise dans un siège baquet pour ne pas glisser, face à une baie en demi-lune ouverte sur la nuit de janvier. Malvoyante, elle mange son flan lorsque René l'émiette comme on le fait aux enfants. Ses lèvres disent sa colère « d'avoir travaillé toute sa vie pour finir comme ça ». « Vous n'avez pas tout mangé, c'était bon ? » « Qui êtes-vous ? » « René, un petit frère. » Collé au fauteuil pour qu'elle le distingue, il caresse son poignet. Parle avec régularité. « Vous avez travaillé comme couturière toute votre vie, c'est normal de vous reposer. » Ses paroles stimulent la nonagénaire dont les réponses fusent. Son débit s'accélère. Elle pouffe : « Ici, c'est Paris ? » Il l'accepte comme elle est dans sa déchéance. Partager sa souffrance c'est l'alléger un peu sans omettre le langage du cœur et l'humour. « J'aime votre rire. Dans deux ans on fera la fête pour vos 100 ans ». Quand vient le départ, Marcelle cramponnée à René semble ne vouloir vivre que pour le retrouver la semaine suivante. « A mardi ! J'apporterai des petits chocolats ».

    Plus loin, Lazar*, 74 ans, victime d'un AVC il y a dix ans ne parle quasiment plus, ne marche pas. Son sweat-shirt laisse voir sa main gauche tordue. Dans un galimatias, il dit « aimer cocolât. » René lui glisse quelques ganaches et actionne la télécommande du lit avant qu'il ne s'étrangle goulûment. Quand le Yougoslave embrasse les doigts de son bienfaiteur en signe d'adieu, René s'éclipse, un «merci visite» comme viatique.
    A l'étage, Paul*, ancien chef de bureau de presse en Chine**, retraité de l'AFP depuis dix-huit mois lit National Geographic. Aux premiers mots syncopés succèdent des phrases. Atteint récemment par la maladie d'Alzheimer, ce journaliste balèze évoque avec René la situation politique tunisienne : « Curieux cette révolte avec des bâtons, les Tunisiens sont calmes, les Algériens plus bagarreurs.» «A la semaine prochaine» lance-t-il à Paul, «ravi de sa venue» lorsque l'arrivée des soins met fin à l'entrevue.

    Responsable de séjours vacances

    Avant ses visites, ce Rennais dont on devine les muscles de marathonien confie compléter sa formation à Paris V Sorbonne Nouvelle comme auditeur libre en psychologie et philosophie : «très utile pour commettre moins d'erreurs». Son goût pour les gens de la rue remonte à l'adolescence. Membre du Cercle Paul Bert, il effectuait des maraudes auprès des clochards tout en s'intéressant aux deux miséreux qui investissaient le restaurant familial. Ce cadre supérieur dans une grande entreprise mis en pré retraite à 57 ans a décidé en 2005 de mettre à profit son temps libre comme responsable de séjours vacances à l'association. «J'ai accompagné les gens de la rue à Vertou, près de Nantes. Ils sont attachants. Il faut leur laisser la bride sur le cou sans qu'ils s'en aperçoivent, composer avec eux : ce sont comme des copains pendant quinze jours, en pleine forme ou presque avec des soucis d'alcool, de jeu, de tabagisme. On n'est pas là pour interdire. Mais pour les aider à moins penser à leur sort. M'associer à l'implantation précarité du 18e m'a semblé une évidence.» René a encadré sept séjours de vacances en y organisant des sorties, tel ce concours d'attelages à l'hippodrome de Cabourg. «C'est primordial de leur faire découvrir d'autres univers. Ils nous apprennent tellement plus que ce qu'on leur donne : la modestie, l'humilité, et à relativiser. Tristes au départ, ils se métamorphosent au fil des jours. C'est fantastique de les voir revivre. C'est comme les malades de Rossini. Je ne pourrais pas ne plus les voir. J'apporte chaleur et écoute. Ils sont moins isolés. Je les fais rire. Parfois on ne peut pas. Atteints de maladies irréversibles, lorsque les enfants ne viennent plus, ils ne veulent plus se souvenir d'eux, c'est trop douloureux. Quand ils sont au bout du chemin, je le sens. Ils deviennent distants, mutiques. Ils en ont peut-être assez de cette bribe de vie.»

    Animation au Petit Friand

    Le nouvel espace d'animation à destination des personnes accompagnées du 18e arrondissement, le Petit Friand, dont la mission est de lutter contre l'isolement permet à notre bénévole d'animer un atelier «Expression par le dessin et l'écriture». L'occasion de redonner confiance à Jean*. L'ex architecte à l'origine des plans de La Villette s'est porté volontaire pour faire bénéficier de son talent, les gens qui fréquentent le lieu.

    Une femme à la cafétéria de l'hôpital le remercie «pour sa grandeur d'âme» qui l'amène à saluer son père lorsqu'il le croise. Allusion à l'octogénaire à l'élégance toute britannique atteint d'Alzheimer devenu transparent au reste du monde. Et René de conclure : «Il faut donner quand on peut donner. Un jour nous aussi on aura peut-être besoin qu'on nous donne.»

    Catherine Bretécher

    * Son prénom a été changé
    ** Le lieu a été modifié

    En savoir plus sur les missions de bénévolat proposées par les petits frères des Pauvres.

  • Angèle, François, Suzanne... et les autres à Morainvilliers

    Témoignage de Catherine sur son 1er séjour de vacances

    Catherine ''nouvelle bénévole Communication'' à la Fraternité Paris-Ouest, nous relate ses premières impressions lors d'un séjour vacances à Morainvilliers au mois d'août dernier.

    François

    « Je suis bien ici, au calme, j'aime l'endroit, je n'ai pas envie d'aller ailleurs » dit-il, souriant. La conversation avec François N. s'est amorcée dès mon arrivée. Je suis assise face à lui. Seul son déambulateur et ses pieds nus aux ongles longs nous séparent. François a 66 ans. Il a un grave problème d'alcoolisme, fume trois paquets de cigarettes par jour… depuis « toujours » dit-il, toussant dru. Sa silhouette voûtée, son crâne et son front sillonnés de cicatrices témoignent de ses chutes régulières. Ses doigts jaunis de nicotine, son visage abîmé, soulignent ses yeux fatigués. De grands yeux doux qu'un croissant de larmes bordent en permanence. « Dans une autre vie », François était coiffeur pour dames, rue du Fbg St Honoré. Il coiffait quelques célébrités : Catherine Deneuve et sa sœur Françoise Dorléac qu'il nomme familièrement par son prénom. A l'évocation de sa filmographie, de sa beauté, de sa délicatesse, une lumière éclaire ses prunelles. Admirative. Tout en allumant une nouvelle cigarette, il écrase la précédente dans une vasque Médicis en pierre remplie de terre. De la cendre tombe sur son polo bordeaux, se colle au cœur doré d'une des chaînes qui ornent son cou. Françoise Dorléac, il peut en parler des heures entières, François… Il est si heureux d'avoir quitté son minuscule rez-de-chaussée parisien pour fumer en rêvant dans le parc...

    En fait, François, je le connais depuis deux heures... à peine. Il séjourne pour quelques jours de vacances, dans une maison bourgeoise du 18e siècle, cernée de cèdres. Le château de Morainvilliers, situé à quelques encablures de Paris, en lisière de forêt, propriété des petits frères des Pauvres, accueille plusieurs fois par an des personnes âgées isolées et en situation de précarité.

    Premier pas de bénévole

    Début août dernier, à l'occasion de mes premiers pas de bénévole au sein de la Fraternité Paris-Ouest, au service communication, l'occasion m'est donnée de découvrir au fil d'une journée, « un séjour de vacances » géré par l'association. Pour quelques jours, une petite dizaine de volontaires profitent du cadre enchanteur. Et bénéficient des attentions d'une équipe efficace, jeune, joyeuse, animée par une douzaine de filles et garçons, de vingt à vingt-cinq ans, tous bénévoles, encadrés par quelques référents expérimentés.

    Angèle

     

    Après le repas collectif, personnes accompagnées et bénévoles s'égaillent dans la verdure : une partie de boules s'improvise… « Tu pointes ou tu tires ? ». Au loin, un couple se forme : Laetitia, vingt ans et Angèle S., une demoiselle de 101 ans cheminent sous les frondaisons, tout sourire. Sur la terrasse, une esthéticienne masse des pieds fatigués, tandis que dans la salle de coiffage, mise en plis, brushing et couleurs sont assurés par des apprentis coiffeurs qui chouchoutent leurs vieux amis. Je suis frappée par la jovialité qui règne partout.

    Suzanne

     

    Suzanne L., 86 ans, coquette, s'installe au soleil à mes côtés. D'emblée la conversation s'engage sur son plaisir de prendre du repos au château. Un site « qui l'a séduit par sa proximité » de la capitale. Et un studio étouffant, sous les toits de zinc, boulevard de Courcelles, quitté avec soulagement pour respirer le « bon air » des Yvelines et « se changer les idées. » Sa chevelure neige apprêtée de frais, met en valeur ses yeux bleus pétillants, que rehausse un soupçon de rouge à lèvres. Même lorsqu'elle évoque l'AVC subie il y a quelques années, suite au choc provoqué par «le vœu de son fils, qui vit en Bretagne, de lui faire intégrer une maison de retraite », Suzanne est ravie, comme les autres pensionnaires, de partager avec leurs bénévoles, les délicieux biscuits du goûter.

    Du bonheur. Rien que du bonheur lu dans le regard de François, Suzanne, Angèle... De la reconnaissance aussi, pour « ces jeunes prévenants, respectueux, dans leur manière de s'occuper de nous. » Une chaleur humaine communicative, comme un fil d'Ariane invisible, relie tout ce petit monde tendu vers une seule envie : se réchauffer le cœur ensemble et partager pour se sentir vivre. Une belle journée positive, colorée de gaieté, et de sourires. Un plaidoyer pour l'amour de nos aînés.

    Catherine B

    En savoir plus : /nos-actions/vacances.html

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Grâce à Romain, la solitude dde Suzanne n'est plus qu'un lointain souvenir

Rapport annuel 2016 des petits frères des Pauvres