Etre bénévole aux Urgences

21 février 2012
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Un après-midi au Service des Urgences de l'hôpital Saint-Louis avec Sylvie, bénévole d'accompagnement de personnes malades

Vendredi, 15h00. La salle d'attente des Urgences de l'hôpital Saint Louis est bondée. Sylvie, bénévole aux Urgences de l'hôpital Saint Louis depuis plus de 6 ans, s'engage dans le vestiaire réservé au personnel, où un casier est réservé aux bénévoles des petits frères des Pauvres. « Faire mes visites avec mon manteau et mon sac, ce serait très inconfortable ! Et puis, c'est indispensable aussi que j'épingle mon badge, qui me situe d'emblée dans ma démarche de bénévole : proposer ma présence ». Si je repère quelqu'un que je sens seul en souffrance ... Sur le badge : le sigle de l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, un bandeau de couleur où s'inscrit visiblement la mention « bénévole », et le prénom écrit manuellement. En passant devant l'accueil, les réceptionnistes la saluent en connivence. « Avant même de franchir la porte des Urgences, j'observe discrètement les personnes présentes dans la salle d'attente. Si je repère quelqu'un que je sens seul en souffrance – les regards, la posture, ça parle – je m'assois à côté de la personne, et je me présente : - Bonjour, je m'appelle Sylvie, je suis bénévole. Voulez-vous que nous passions un moment ensemble ? Ils sont surpris bien-sûr. Quasiment tout le temps, ils acceptent. » Mais aujourd'hui il y a trop de monde dans la salle d'attente, pas assez d'espace d'intimité pour engager un échange. Alors nous pénétrons dans le Service des Urgences. Un ballet incessant de blouses bleues et blanches, des brancards le long du mur Un long couloir. Un ballet incessant de blouses bleues et blanches. Des brancards le long du mur. Dessus, des personnes tout habillées, allongées ou assises, leur manteau posé plié à côté d'elles. A droite, des « boxes » individuels avec un lit, espaces de transition au turn-over intense et maîtrisé dont le patient sortira pour retourner à son domicile ou être hospitalisé dans un Service de l'hôpital après les premiers soins qui s'imposent. C'est palpable, les bénévoles sont les bienvenus dans ce Service Tout en se dirigeant vers la salle des transmissions réservée au personnel, Sylvie ralentit le pas, prend le temps de croiser les regards, elle salue, sourit. En entrant, elle échange quelques mots rapides et cordiaux avec une infirmière présente pour un court moment. Elle lui indique qui aller voir de préférence. Le personnel médical et soignant la connaît bien. Près du tableau mural qui reprend l'architecture des lieux avec les numéros des boxes, où sont inscrits provisoirement au marqueur l'identité des patients, leur âge, leur sexe, un interne et un médecin se concertent pour confirmer un diagnostic et l'orientation à donner. Leur rythme, leur concentration se lisent sur leur visage : ils disposent de peu de temps. Il s'agit prioritairement de soulager la douleur, de poser un diagnostic que des examens complémentaires confirmeront si besoin, de faire les premiers soins d'urgence et d'aiguiller le patient. Le temps leur manque pour donner de leur présence à leurs patients. Alors, c'est palpable, les bénévoles sont les bienvenus dans ce service. D'ailleurs, plusieurs affiches scotchées sur les murs du couloir indiquent aux patients : « Dans ce service, des bénévoles sont à votre disposition ». Je suis une femme libre mais c'est dur à porter, alors je prends sur moi Nous commençons par Namane (*), 58 ans. Oui, elle veut bien qu'on lui tienne compagnie un instant. «Je fais des crises d'asthme. Ils m'ont mise sous ventilation. Ca va mieux maintenant ». Et très vite, la relation s'instaure. Elle est comme soulagée de trouver à qui parler. « Ma fille, elle va peut-être venir me chercher. J'en ai trois. Elles sont grandes maintenant et je les ai toujours laissées libres de leurs choix. La plus jeune, elle veut porter le hijab, elle me reproche de ne pas le porter. Ca fait 50 ans que je suis en France, je suis une femme libre. Mais c'est dur à porter alors je prends sur moi »... Namane a de grands yeux dorés soulignés au khol. En quelques mots, elle a posé sa souffrance. Le temps s'égrène, on ne le voit pas passer. Avec douceur, Sylvie prend congé : « Je ne veux pas vous fatiguer. On va vous laisser vous reposer. Je repasserai tout à l'heure, et je viendrai vous saluer si vous êtes toujours là ». On reçoit son regard de reconnaissance et on se dirige box 3. Dans un petit espace-temps de civilités, la douleur est comme oubliée Mais le couloir n'a pas désempli. Nous passons devant un homme assis sur un brancard. Il a un gros pansement à la main droite. Il tremble tout en prenant soin de maintenir sa main en hauteur, posée sur son genou.  Sylvie se présente à lui et il nous regarde d'un air un peu incrédule. Elle lui dit : « On dirait que vous avez mal ». On apprend qu'il est ici pour un panaris au doigt qui s'est infecté. On vient de lui nettoyer la plaie. «Ils m'ont donné  un comprimé pour la douleur mais il faut attendre que ça fasse effet». Il nous confie son inquiétude : «Je suis commercial, mon outil de travail c'est ma voiture. Je me demande si je vais pouvoir conduire avec ma main». Au fur et à mesure des échanges, il se détend. Les tremblements se sont arrêtés. Dans ce petit espace-temps de civilités, la douleur est comme oubliée. Nous lui souhaitons un bon rétablissement. Il nous remercie chaleureusement. En quelques instants, accueillir une histoire de vie Entretemps, le box 3 est en soins. Nous décidons d'attendre quelques instants devant la porte. Nous nous trouvons à côté d'une femme allongée en position fœtale sur un brancard. Elle est branchée sur un goutte à goutte. Sylvie se penche à sa hauteur, se présente et lui demande : « Quel est votre prénom ? » Elle s'appelle Véronique (*). Elle est ici suite à de très fortes douleurs abdominales. On lui a fait un scanner et elle est rassurée par le diagnostic. « Ma douleur est moins violente mais elle est encore là. Il faut que j'attende que le gastro-entérologue vienne mais ça fait longtemps que je l'attends. Heureusement, mon mari s'occupe des enfants. J'en ai trois mais j'en ai perdu un, il avait 3 mois. Alors forcément, avec mes enfants, je suis dans la surprotection, et je ne m'écoute pas. J'ai attendu trop longtemps pour venir me faire soigner. Et avec tout ça, mon patron qui n'apprécie pas les arrêts maladie ». En quelques instants, Sylvie recueille une histoire de vie, les épreuves, les angoisses, les constats lucides, les regrets, les espoirs aussi. Face au désarroi, tu es forcément dans une présence intense Finalement, nous ne visiterons pas le patient du box 3. Il est transféré dans un Service. Il est déjà 17h30. Le temps s'est écoulé à une vitesse sidérante. « C'est toujours comme ça dans un Service des Urgences ! » me confie Sylvie, amusée par mon étonnement. « Face au désarroi, tu es forcément dans une présence intense ». Dis, Sylvie, qu'est-ce qui t'anime comme ça et te donne la force d'inscrire dans la durée ton bénévolat d'accompagnement de personnes malades ? : « Cette joie intérieure que je ressens en moi, ça demande le partage. Oui, c'est ça » Communication Fraternité Accompagnement des Personnes Malades accompagnementdesmalades@petitsfreresdespauvres.fr Maryvonne Sendra (*) Les prénoms des patients ont été changés dans le respect de la confidentialité

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