Geneviève, 80 ans : ''Personne n’a envie de mourir, pas même les vieux''

16 août 2012
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La ministre chargée des personnes âgées, Michèle Delaunay, met en garde contre le «suicide des vieux». Marlène Quintard, journaliste à Libération est allée à la rencontre d'une personne âgée épaulée par les petits frères des Pauvres.

Sourire aux lèvres, Geneviève ouvre sa porte à Blanca, bénévole chez les petits frères des Pauvres. Derrière ses lunettes aux verres teintés, ses yeux pétillent. Les deux femmes s’installent à la cuisine, une petite pièce exiguë et sobre, tout en longueur. D'un côté, deux chaises et une petite table recouverte d’une toile cirée. De l'autre, le nécessaire de cuisine est accolé le long du mur. Peu de décoration, juste le calendrier et l’horloge près du réfrigérateur. Geneviève attendait Blanca avec impatience. «Je vis seule. Je suis plutôt indépendante mais la solitude me pèse», confie-elle. Alors, cette visite, c’est un peu le point d’orgue de sa semaine. Vêtue d’un chemisier fuchsia, une petite montre portée en pendentif autour du cou, Geneviève ira aujourd’hui boire un café en terrasse avec sa bénévole. Ne lui parlez pas de «troisième âge», cette expression l’a toujours rebutée. Geneviève se voit plutôt en «aînée». Et une aînée autonome, malgré ses 80 ans passés. Elle fait ses courses toute seule, son ménage aussi. Chaque matin, elle prend sa canne blanche et parcourt son quartier du 13e arrondissement de Paris pendant une à deux heures. «La canne c’est parce que je ne vois plus très bien depuis mon opération de greffe de l’orbite osseuse. Mais c’est surtout un signe envoyé aux gens, pour éviter qu’eux ne me bousculent. Avec la canne, ils font plus attention», note-t-elle, malicieuse. Une opération à l'origine d'une prise de conscience Cette lourde opération, qu’elle a subi il y a cinq ans, a fait office de déclencheur pour Geneviève. C’est à ce moment-là qu’elle a réellement pris conscience de sa vulnérabilité liée à l’âge. «Dans la tête, je ne me sens pas vieille. Mais je le sens tout de même dans les jambes», concède-t-elle. A la suite de cet événement, l’idée de faire appel aux Petits Frères des pauvres a lentement fait son chemin. Et, un jour de juin 2011, après avoir longtemps hésité, Geneviève a finalement saisi le combiné. Quelques semaines plus tard, elle recevait sa première visite de bénévole. «Avec eux, je me sens plus rassurée, confie-t-elle. C’est un peu comme ma famille. Et puis, cela fait du bien de rencontrer des jeunes. C’est enrichissant.» Un juste retour des choses pour cette femme qui a passé sa vie à aider les autres. D’abord éducatrice auprès d’enfants en difficulté, Geneviève a ensuite travaillé en tant qu’aide-soignante et s’est notamment occupée… de personnes âgées. Alors, la vieillesse, elle connaît, et a eu tout le temps d’y réfléchir. L’acharnement thérapeutique la révolte, tout autant que l’euthanasie. Quant à la question du suicide, Geneviève ne comprend tout simplement pas : «Personne n’a envie de mourir, pas même les vieux. En tous cas, moi je n’aurais pas le courage.» L’octogénaire ne craint pas la vieillesse : «Il faut accepter de vieillir. Si la personne ne s’accepte pas, c’est là que ça peut dégénérer», souligne-t-elle avec son accent du Sud-Ouest. La solitude a longtemps rythmé la vie de Geneviève. Qu’on ne s’y trompe pas, sa bague en or à l’annulaire gauche n’est pas une alliance. Elle lui a été offerte à 20 ans, au moment où elle a prononcé ses vœux et embrassé la vie religieuse. Geneviève ne s’est jamais mariée, n’a jamais eu d’enfant. Un choix peu ordinaire qu’elle ne regrette pas : «C’est peut-être justement parce que je n’ai pas eu d’homme dans ma vie que je suis heureuse !» relativise-t-elle. Geneviève entend la tristesse de certaines personnes âgées délaissées par leurs enfants. «Je ne comprends pas comment on peut abandonner ses parents. Peut-être que les vieux projettent à leurs enfants ce qu’ils seront plus tard et que cela les effraye. Alors ils fuient», s’interroge-t-elle, songeuse. Aucune rancœur Issue d’une fratrie de huit enfants, Geneviève a pourtant de la famille. Son neveu habite non loin de là mais les visites dominicales se font rares. Geneviève n’en garde aucune rancœur : «Il a sa vie, ses trois enfants, dont une adolescente, cela lui prend bien assez de temps comme ça, explique la vieille dame, compréhensive. Depuis que je suis chez les Petits Frères des pauvres, il est plus rassuré.» S’il s’effiloche considérablement avec le temps, le lien familial occupe pourtant une grande importance dans le cœur de Geneviève. L’octogénaire est fière de nous montrer le cadeau que sa sœur lui a offert en mai pour ses 80 ans : une télévision à écran plat qui détonne au beau milieu de sa chambre à coucher, à la décoration plus que minimaliste. «En maison de retraite, je serais rebelle»  Geneviève réside dans ce petit appartement depuis plus de trente ans, alors, forcément, elle y est attachée. «J’ai mes repères ici. Je pense que si l’on changeait mon environnement, je serais déstabilisée. En maison de retraite, je serais rebelle», imagine-t-elle en souriant. Rester ici, chez elle, cela signifie préserver sa liberté : «Je resterai chez moi jusqu’à la dernière seconde. Chez soi, on peut regarder la télé comme bon nous semble, on peut se coucher à minuit si on le souhaite. Les maisons de retraite, c’est la mort.» «J’entends parler de luxueuses résidences dans le sud, mais où est l'humain ? se demande-t-elle. Certaines maisons de retraite sont de véritables mouroirs. Ça n’est pas parce que l’on vieillit que l’on doit être traité comme des moins que rien». Elle reste positive quant à son avenir. Altruiste, ce sont plutôt vers les jeunes générations que se tournent ses inquiétudes : «La vie est dure pour tout le monde, notamment pour les jeunes», constate-t-elle, amère. Marlène Quintard  Libération | 16 août 2012

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