Noël à la table des petits frères

26 décembre 2012
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Libération a consacré une pleine page dans l’édition du 26 décembre au repas de Noël de la Fraternité Paris-Saint-Maur qui s'est tenu dans les salons de la Gare de l’Est.

Ils se sont mis sur leur trente et un pour ce repas du 25 décembre. Plus de 180 personnes ont fait honneur, hier midi, au repas (foie gras, chapon, tarte fine aux poires et cahors 2010) servi dans les salons de la gare de l'Est, à Paris, par les petits frères des Pauvres. Les «invités»? Des gens qui ont passé la cinquantaine, tou chent le RSA (revenu de solidarité active, soit 474 euros mensuels) et ont connu une période plus ou moins longue sans abri. L'associa tion les appelle les «assistés». Elle les a souvent aidés à trouver un logement dont ils paient une partie du loyer (195 euros en moyenne par mois). Comme Jérôme, 59 ans, ils appré cient leur déjeuner. Il a quitté sa femme, perdu son travail dans la restauration, et a connu les galères. Depuis le 30 décembre 2011, il est aidé par «les Petits Frères». Il a passé trois ans dehors, à la station Grands-Boulevards. «La RATP a été formidable», remercie Jérôme. Après son loyer il lui reste 280 euros mensuels. Un peu juste, selon lui. «C'est dur à partir du 28. Je ne re touche de l'argent que le 6», calcule- t-il. Il se débrouille pour manger aux Restos du cœur ou, alors, il se prive de tabac. Sa seule folie : acheter de la peinture. Jérôme dessine «des paysages, des fleurs», surtout «pour ne plus penser au passé, aller de l'avant». Il fait tout pour retrouver du travail. Et de lancer: «Depuis un an, je suis un homme heureux!» DANSE. Yamina, 59 ans, a quitté son mari il y a sept ans. «Il jouait aux courses tout l'argent que nous possédions», explique-t-elle. Les petits frères l'ont «maintenue» dans des hôtels, puis un studio. Aïcha dit devoir beaucoup à ses amis marocains, qui ne l'ont jamais laissée tomber, l'hébergeant, lui donnant à manger avant qu'elle ne soit logée dans une résidence. A chaque table, deux bénévoles des petits frères encadrent les bénéficiaires du repas. Maryvonne, correctrice à la retraite, œuvre depuis quatorze ans à l'association. Depuis qu'elle a commencé, davantage de personnes «tapent à la porte» , et les problèmes de santé et de misère ne cessent d'augmenter. Maryvonne résume son engagement : «Quand on n'est pas dans le besoin, il faut donner de son temps à des gens qui ont moins de chance que vous. » Christian, barbu costaud de 63 ans, était conducteur de 38 tonnes. Ce qu'il appelle la «maladie du chauffeur» : ne pas rentrer tous les soirs à la maison. Il a quitté sa femme, et tout a basculé. «Tu baisses les bras, et après, quand tu veux recommencer, c'est la croix et la bannière. » Simone, 77 ans, a plongé le jour où sa mère est morte. Elle a été expulsée de son logement du boulevard Montmartre, à Paris. Elle vit désor mais dans un studio avec ses quatre chats et son problème de cœur. Ce qui ne l'empêche nullement de prendre sa place sur la piste de danse, chaussée de baskets de couleur vive. Sa gaîté, c'est un peu pour donner le change. Elle confie : «Il y a des moments où j'ai trop de soucis. » Lucie et Hervé ne tarissent pas d'éloges sur les «Petits Frères» des pauvres, «ils ont un cœur comme ça, énorme.» Il dit : «Pour vivre, on n'a jamais assez.» Elle rectifie : «Oui, mais on y arrive quand même. » Ils occupent un petit appartement près des Buttes-Chaumont. Ce matin tôt, Lucie a vu un «homme allongé sur un matelas, sans couverture, que le concierge a chassé» . «Ça m'a fait mal, dit-elle, mais c'est comme ça, la vie. J'aurais été habillée, je serais descendue l'aider.» MUR. Marc, 56 ans, impeccable dans une veste grise, vit seul dans un studio du XIIe arrondissement avec 250 euros par mois. Il a commencé à travailler à 14 ans. Représentant en aspirateurs, puis taxi soixante-dix heures par semaine. Un jour, on lui a sucré son permis. «T'es obligé de faire des excès de vitesse, autrement, le client, il a pas son avion», note Marc, qui a remonté la pente «grâce aux Petits Frères» . Pas du genre à se «laisser abattre». Marc n'aime pas la France d'aujourd'hui. «Les gens ne se parlent pas, sont égoïstes. Ils se regardent en chiens de faïence. Ça, c'est une France qui va dans le mur. » Dehors, sur la terrasse de la gare de l'Est, deux «assistés» tirent sur leur gauloise en riant. Ils commentent l'émission qu'ils ont vue, sur Michel Drucker. L'animateur expliquait qu'il était atteint d'hypocondrie. «Il faut bien souffrir de quelque chose. Quand on a tout, qu'est-ce qu'on peut craindre d 'autre que la mort ?» souf fle l'un des deux hommes. Bénéficiaires et bénévoles des petits frères des Pauvres, ils étaient plus de l80, réunis hier dans les salons d'honneur de la gare de l'Est, à Paris. Didier ARNAUD Libération - 26/12/2012

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