Témoignage

Fragments de souvenirs d’une fête d’anniversaire

09 septembre 2012
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Ça fait des mois que l’équipe en parle : les 21 et 22 septembre prochain, les petits frères des Pauvres fêtent le 30ème anniversaire de leur implantation sur Le Pré-Saint-Gervais, Les Lilas et Pantin.

C’est en effet en 1982 que les petits frères débarquent dans ce petit coin de banlieue. Un bon millésime, sans doute, l’équipe étant toujours présente et plus nombreuse 30 ans après. Alors, 30 ans d’âge, ça se fête. Et surtout, ça se déguste. Mais comment ? Certains se creusent les méninges longtemps en amont, surtout, il faut bien le dire, les deux salariées de l’antenne, Victoria et Hélène (par ordre d’arrivée dans l’équipe), Stewart et Françoise, les deux élus à la fraternité banlieue, et une stagiaire spécialement engagée pour l’occasion. Quant à Hyacinthe, Stewart et Mireille, ils s’emploient à recueillir, auprès des personnes qu’ils accompagnent en équipe, leurs impressions sur l’association. Toutes sont émouvantes, mais l’une me bouleverse particulièrement, celle de Roger, nonagénaire suivi à La Seigneurie : « Qui aurait dit, confie-t-il, que les petits frères s’avéreraient indispensables ? Si j’ai besoin de ceci, j’appelle Mireille. Si j’ai besoin de cela, j’appelle Stew. […] Ils sont toujours là. » Hyacinthe, en outre, compose un magnifique poème, une ode tendre et étonnée aux personnes qu’il accompagne et qui lui donnent tant de bonheur, à lui toujours surpris de la joie qui illumine leur regard quand il arrive.  D’autres bénévoles, sans aucun doute, apportent leur contribution. En ce qui me concerne, je débarque dans l’événement le 3 septembre à 18h30, jour de la réunion « kifèkoi ? » à laquelle nos deux responsables nous somment de participer. Une bonne vingtaine de bénévoles répondent présents. Bien sûr, à l’issue de la réunion, nous partagerons un dîner convivial, mais pour l’instant, ça ne rigole pas. Hélène fait part de chaque besoin et note scrupuleusement les tâches que chacun s’engage à accomplir : réalisation d’un film sur les activités de l’antenne, photos des personnes accompagnées, tractage sur les marchés, présence sur les forums associatifs, relance téléphonique, achats, installation de la sono, décoration des salles, tout y passe. Le 21 arrive, et avec lui, inquiétude et excitation. Il a été décidé, en effet, que la célébration aurait lieu en deux temps : avec les partenaires et institutionnels, le vendredi, et le samedi, plus festive, avec les personnes accompagnées et quiconque aurait envie de venir. Alors chacun s’attelle à sa tâche, et comme l’équipe est soudée, les panneaux s’affichent, un somptueux bouquet de fleurs apparaît, et les tables se décorent et se dressent « comme par enchantement ».  Mention spéciale à Alain, chef d’orchestre du buffet, qui a tout commandé, le salé, le sucré, le champagne, et qui dirige son équipe dans le plus grand calme. Cette absence de stress porte ses fruits : le buffet est somptueux. Alain nous fabrique en plus, en guise de décoration, un objet comestible non identifié, à corps de melon et tête d’ananas, hérissé de fraises Tagada ! Etonnant, certes, mais du meilleur effet. Quant à Anne-Marie, outre les dizaines de petits bonnets ravissants qu’elle a tricotés en partenariat avec les jus de fruits Innocent, elle fabrique pour chaque bénévole une fleur en fil de fer et papier crépon vert et bleu  (les couleurs de l’association) que chaque bénévole porte à la boutonnière. Là encore, le résultat est épatant. Inutile de dire que toute l’équipe est « sur son 31 », les hommes cravatés et les femmes de toutes les couleurs ! Les officiels arrivent et les discours commencent alors. Gérard Cosme, maire du Pré-Saint-Gervais et Elisabeth Guigou, députée du 93, semblent sincères lorsqu’ils saluent l’action des petits frères des Pauvres. Puis le champagne emplit les coupes et les conversations vont bon train... Enfin, tout est démonté et rapatrié au local (car c’est une autre salle qui accueillera la fête du lendemain) dans le même calme que le matin. Cette première partie réussie soulage les organisateurs d’une dose d’angoisse, et je crois pouvoir dire que la nuit, pour eux, sera plus reposante que la précédente ! Le 22 arrivant, toute l’équipe se met à nouveau au travail. Et cette fois, changement de ton : place à la fête ! Fraternité, chaleur et joie sont les maîtres mots de la journée, des sentiments bien faciles à exprimer pour une équipe toute l’année aux petits soins pour ses personnes accompagnées. Une fois nos vieux amis installés dans une salle décorée par un talentueux intermittent du spectacle, notamment d’une arche de ballons blancs, jaunes, rouges et verts, le spectacle commence. Une chorale de Pantin ouvre le bal avec des airs de Carmen, de comédies musicales et de variétés connus de nos vieux amis. Des jeunes de la Délégation Jeunesse de Pantin, venus participer et soutenir l’équipe, curieusement, n’y sont pas indifférents. Puis un bag piper en kilt, le couteau dans la chaussette (histoire de nous rappeler que c’est pas parce qu’ils portent des jupes que les Ecossais sont des « gonzesses » !) entame courageusement avec sa cornemuse des airs du répertoire britannique. Je dis « courageusement » parce qu’il faut le faire, tout seul, d’assumer une telle différence dans un environnement aux antipodes de son art. Stoïque et martial, il nous offre sa musique sous un tonnerre d’applaudissements. Il faut dire qu’en plus de son talent, cet homme a un grand point pour lui, c’est que même les sourds l’entendent. Et des sourds, il y en a quelques-uns parmi nous ! Après le discours de l’adjoint au maire de Pantin, s’avance alors l’équipe de jeunes de Pantin : 9 percussionnistes dont 3 en fauteuil, qui dégainent tambours, darboukas et maracas. Et c’est parti : ils mettent le feu ! Les yeux de nos amis qui brillaient déjà, s’allument alors grand format. Certains se trémoussent sur leur siège, d’autres, n’y tenant plus, se précipitent devant les musiciens et se mettent à danser sur ces rythmes endiablés. Antoinette, ravissante pensionnaire de la Seigneurie et équilibriste de cirque dans sa jeunesse, entame en pantoufles une danse africaine de sa façon, soulevant parfois, coquine, le bas de sa robe. Roger n’en peut plus d’excitation ! Hélène lance un youyou. Même Luisa s’y met, oubliant son handicap, bras en écharpe et sucette à la bouche ! Ces jeunes, décidément, font des miracles, et les larmes me montent aux yeux : si seulement la vie pouvait être toujours ainsi, jeunes et vieux ensemble, peaux noires, blanches et dorées de toutes les origines réunies dans la paix, l’harmonie et la joie… Enfin l’énorme gâteau arrive, paré de bougies et de cierges à étincelles ! L’équipe entonne un « Joyeux a-nni-ver-saire, joyeux a-nni-ver-saire » repris par les jeunes et toute la salle. Puis les bénévoles coupent le gâteau à tour de bras et servent des dizaines d’assiettes. L’après-midi se termine par un lâcher de ballons, tous munis d’une carte au bout d’une ficelle où chacun est invité à inscrire son nom. Les ballons s’élèvent dans les airs dans la joie et l’émotion générale. Mais beaucoup de nos vieux amis logent en institution où l’on ne badine pas avec les horaires. Une s’équipe s’emploie donc à les raccompagner. La fête est finie. Les sourires sur les visages et les lumières dans les yeux nous racontent une histoire de grand bonheur partagé. Pas seulement pour nos chers vieux amis, mais aussi pour nous. C’est ivre d’images que je rentrerai chez moi. Merci à Anna, Jacqueline, Luisa, Colette, Marie-Clémence, André, Roger, Jean-Paul et les autres d’être venus, sans oublier Marguerite et Teresa qui n’ont pas pu venir. Et merci à toute l’équipe, par ordre alphabétique de leur nom, Karima, Mireille, Zohra, Kada, Myriam, les Gérard, Irma, Rémy, Suzanne, Sandra, Aurélie, William, Alain, Marie-Andrée, Victoria, Chantal, Stewart, Martine, Delphine, Françoise, Hélène, Anne-Marie, Marie-Lise, Yazmin, Béatrice, Nicole, Hyacinthe, Bernard, Abdelhak, Manoaridevi, Pascal, Claudette, Synthia et Michèle. Les mots de la fin seront dans les mails du lendemain : Hélène, qui nous dit avec 10 points d’exclamation à chaque mot, que tout était simplement trop chouette, parfait, bisous ; et Stewart qui demande si, par hasard, les 31è anniversaires ne se fêteraient pas !

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