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Minimum vieillesse : une revalorisation qui ne constitue pas un signe fort envoyé aux personnes âgées et plus fragiles

Plaidoyer / Aide financière

Suite à l'annonce de la revalorisation du minimum vieillesse par la ministre des solidarités, Agnès Buzyn, les petits frères des Pauvres réagissent à cette annonce par une dépêche AFP.
De son côté, La Croix consacre un sujet sur les conditions de vie des personnes âgées touchant le minimum vieillesse, avec une analyse de Mustapha Djellouli, chef de service du pôle accompagnement social personnalisé.

Dépêche AFP

Le minimum vieillesse, allocation perçue par les retraités modestes, sera revalorisé de 30 euros "dès avril 2018", puis de 35 euros en 2019 ainsi qu'en 2020, pour atteindre les 900 euros, a annoncé mercredi la ministre des Solidarités, Agnès Buzyn.

Pendant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’était engagé à augmenter de 100 euros par mois le minimum vieillesse sur la durée du quinquennat.

Le "minimum vieillesse", d'un montant 803 euros par mois pour une personne seule, sera revalorisé "dès le mois d'avril 2018 de 30 euros", puis "il y aura 35 euros en 2019 et 35 en 2020", a déclaré la ministre sur Europe 1.

Pour un couple, qui perçoit actuellement 1.240 euros, la revalorisation sera de "plus de 155 euros" d'ici "la fin du quinquennat", a ajouté Mme Buzyn.

L'Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, ex minimum vieillesse) est destinée aux plus de 65 ans (60 ans en cas d'inaptitude au travail) ayant de faibles ressources. Elle est versée par la Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) ou la MSA, pour les retraités dépendants du régime agricole. Elle est actuellement de 803,20 euros par mois pour une personne seule et de 1 246,97 euros pour un couple. Plus de 433 000 personnes bénéficiaient de cette allocation au 31 décembre 2016, selon la Caisse nationale d’assurance-vieillesse. En 2015, ils étaient 555 000.

« Le compte n'y est pas »

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s'était engagé à augmenter de 100 euros par mois le minimum vieillesse sur la durée du quinquennat.

"Même si une revalorisation est toujours une bonne nouvelle, le compte n'y est pas", a réagi l'association des petits frères des Pauvres, qualifiant cette annonce de "mauvaise surprise".

Pour Isabelle Sénécal, porte-parole de l'association, une revalorisation de 100 euros en trois ans n'est pas "un signe fort envoyé aux personnes âgées et plus fragiles qui ont besoin de la solidarité nationale". "Cette promesse était une mesure forte, un engagement positif. On s'attendait à avoir 100 euros d'un coup pour, peut-être, atteindre un jour un minimum vieillesse à hauteur du seuil de pauvreté" (environ 1.000 euros), a-t-elle déclaré à l'AFP.

Plus de 70 % des personnes accompagnées par les petits frères des Pauvres en 2016 avaient des ressources inférieures à 1.000 euros mensuels, a-t-elle souligné.

Un récent baromètre réalisé par Ipsos pour le Secours populaire pointait la semaine passée la précarité grandissante des seniors, avec une augmentation de près de 50 % des demandes d'aides, venant particulièrement des femmes de plus de 60 ans.

La précédente revalorisation exceptionnelle du minimum vieillesse, hors inflation, datait d'octobre 2014. Il était passé de 792 à 800 euros pour une personne seule et de 1.229 à 1.242 euros pour un couple.

Fin 2015, environ 555.000 personnes bénéficiaient d'une allocation du minimum vieillesse, dont 68.000 n'ayant aucune pension de retraite.

AFP | 20/09/2017

La Croix : « Vivre à Paris avec le minimum vieillesse, le quotidien de Fatima, "Nénette" et Andréa »

Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, a annoncé que le minimum vieillesse, aujourd’hui de 803 € par mois, sera revalorisé de 30 € dès avril 2018.

À Paris, 18 867 personnes bénéficient de cette aide, un chiffre en hausse, contrairement à la tendance nationale. Qui sont-elles ? Portrait de cette population discrète et anonyme.

Six mètres carrés pour vivre. Fatima, 61 ans, habite dans « sa petite cage à oiseau » depuis 29 ans. C’est le surnom qu’elle a donné à sa chambre de bonne, au cinquième étage d’un immeuble du 8e arrondissement de Paris. Elle n’a pas de salle de bains, seulement un robinet d’eau froide et des toilettes turques sur le palier. Pour se laver, Fatima se rend aux bains douches du quartier de la Madeleine, à une vingtaine de minutes à pied. Boucles d’oreille blanche et rouge à lèvres rose pâle, elle parvient, malgré tout, à rester coquette.

Cette ancienne nourrice et couturière paye 100 € de loyer, qu’elle règle grâce à l’Aide de solidarité aux personnes âgées (Aspa), plus communément appelée « minimum vieillesse ». Soit 803 € par mois pour une personne seule. La ministre de la solidarité et de la santé, Agnès Buzy, a annoncé, mercredi 20 septembre, que cette aide sera revalorisée de 30 € « dès avril 2018 », puis de 35 € en 2019 ainsi qu’en 2020. L’Aspa est versée par la Caisse nationale d’allocation vieillesse (Cnav) aux plus de 65 ans ou aux plus de 61 ans jugés inaptes au travail.

En France, le nombre de bénéficiaires du minimum vieillesse n’a cessé de diminuer depuis trente ans, grâce au système de retraite plus performant au fil des années. Mais à Paris, on observe la tendance inverse : en 2016, 18 867 personnes touchaient cette aide dans la capitale, soit une hausse de 18 % par rapport à 2006. « Le nombre de bénéficiaires continue d’augmenter à Paris, car la ville attire de nombreuses personnes en situation de précarité, explique Mustapha Djellouli, chef de service aux petits frères des Pauvres. Ils pensent, à tort, qu’ils vont avoir ici des facilités pour se loger. Par contre, il est vrai qu’il y a dans la capitale plus de centres de soins abordables qu’en province et que les services sociaux sont particulièrement compétents. »

Entre six et dix-huit mois d’attente pour un logement de la Ville

Marie-France Le Nihouannen, alias « Nénette », habite dans le 15e arrondissement de la capitale et touche le minimum vieillesse. Pour s’en sortir, elle déjeune plusieurs fois par semaine dans un restaurant du Secours catholique. Cheveux courts et lunettes, « Nénette » a accroché à sa veste en jean un pin’s aux couleurs de la Bretagne. Elle vient de déménager dans un logement adapté à son handicap, un appartement de 25 mètres carrés attribué par les services sociaux de la ville de Paris. « J’ai maintenant un lit médicalisé », se réjouit-elle. À 66 ans, Marie-France a le « dos en compote » :« J’ai travaillé comme femme de ménage à cirer les parquets à la paille de fer. Puis, j’ai été cantinière dans une école où l’on devait laver des grosses gamelles », explique-t-elle.

Pour louer un studio de quinze mètres carrés dans la capitale, il faut, en moyenne, débourser 650 €. Une somme souvent difficile à réunir, malgré les aides comme le minimum vieillesse ou encore l’aide personnalisée au logement (APL). Le Centre d’action sociale de la ville de Paris met à disposition des personnes âgées une soixantaine de résidences composées de studios. Pour y avoir une place, il faut, entre autres, avoir plus de 60 ans, habiter depuis au moins trois ans à Paris et attendre de six à dix-huit mois. Les loyers sont de l’ordre de 500 €, trop cher si l’on ne touche que le minimum vieillesse.

« Mme Lopez, elle sait comment m’expliquer les choses simplement ! »

Adil * sort d’un grand bâtiment gris en larmes. À 66 ans, il ne bénéficie du minimum vieillesse que depuis quelques mois. Adil vient d’avoir un rendez-vous d’une demi-heure avec son assistant social pour se faire rembourser des soins médicaux. L’homme a les dents cariées et l’œil gauche protégé par une coque en plastique : il vient de se faire opérer de la cataracte. Adil a sous le bras une pochette remplie d’une trentaine d’ordonnances. « Tous les papiers qu’ils demandent, c’est du harcèlement ! Il faut à chaque fois prouver que l’on est pauvre, j’en peux plus… », se plaint-il, noyé sous les formalités administratives.

Selon Jean-Pierre Bultez, membre de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, « 20 % des personnes qui sont en droit de percevoir le minimum vieillesse ne le touchent pas, car elles ne savent pas comment s’y prendre. Cependant, il y a une véritable volonté de simplification des démarches, par exemple, avec l’échange de fichiers entre les différents organismes ». D’après lui, il faudrait regrouper les huit aides sociales en deux ou trois prestations.

Baisse des APL : "aucun impact" pour les bénéficiaires

En attendant ces simplifications, Andréa Masson, 74 ans, a trouvé la bonne personne pour l’accompagner. « Mon assistante sociale, Mme Lopez est formidable ! Elle me fait tous les papiers et s’occupe des photocopies. Mais surtout, elle sait m’expliquer les choses simplement ! », s’enthousiasme-t-elle. Andrea Masson déjeune au moins trois fois par semaine au Secours catholique, avec sa copine « Nénette ». Andréa se rend régulièrement chez son médecin pour de l’arthrose aux genoux. Ses soins sont pris en charge à 100 % par la sécurité sociale, comme la plupart des personnes qui touchent le minimum vieillesse.

Fatima, « Nénette » et Andréa n’ont pas brutalement basculé dans la pauvreté à l’âge de la retraite. « Beaucoup de bénéficiaires du minimum vieillesse étaient déjà dans une situation de précarité avant 65 ans. souligne Mustapha Djellouli, chef de service aux petits frères des Pauvres. Ils touchaient d’autres allocations sociales, comme le Revenu de solidarité active ouencore l’Allocation aux adultes handicapés ».

Avec ses yeux bleus espiègles et son franc-parler, Andréa Masson a une certaine notoriété au local du Secours catholique dans le 18e arrondissement de la capitale.

« Je suis tombée amoureuse de Paris »

Outre les difficultés de logement et le casse-tête administratif, la solitude pèse également souvent sur les personnes âgées en situation de précarité à Paris.

Andréa Masson a organisé ses journées pour être le moins souvent seule « entre ses quatre murs ». Après avoir déjeuné au Secours catholique, elle prend le bus 39. Elle passe ainsi par Montmartre, le Palais-Royal ou encore Saint-Germain-des-Prés. « Avec mon arthrose aux genoux je ne peux pas marcher ! Au moins grâce au bus, je vois du paysage. Il y a même des jours où je fais plusieurs allers-retours ! », raconte-t-elle.

Ni Fatima, ni « Nénette », ni Andrea, ne se voient quitter la capitale. « Je suis tombée amoureuse de Paris, raconte Fatima. Les balades le long des Champs-Élysées, dans le parc du Monceau ou aux Tuileries, c’est tout ce qu’il me reste… »

Clémence Maret | La Croix | 20/09/2017

* Le prénom a été modifié.

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Grâce à Romain, la solitude dde Suzanne n'est plus qu'un lointain souvenir