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Relogement : que sont-ils devenus ? Entretien avec Yvette

Parcours de relogement

Créé par les petits frères des Pauvres pour le logement des personnes de plus de 50 ans en situation de précarité, «Champ Marie» est acteur de la médiation locative et contribue par son action auprès de partenaires bailleurs (publics, privés et «Bersabée») à l'insertion sociale et au mieux-être des personnes exclues. Retour sur action, avec un entretien avec Yvette, relogée depuis 3 ans dans le parc d'appartement diffus de la Fondation Bersabée.

Yvette, 62 ans, vivait chez sa fille et son beau-fils. Un drame familial a provoqué une «décohabitation» dont elle fut la principale victime, se retrouvant en CHRS à Roubaix, avec le seul RSA pour ressource, à l'aube de la retraite. De cette expérience chez les sans-abri, elle garde un souvenir douloureux, bien qu'elle soit reconnaissante envers l'association qui l'a hébergée.

Finalement, un logement de la Fondation Bersabée a pu lui être attribué en octobre 2011. Yvette, autonome et indépendante, n'a pas souhaité être accompagnée par la Fraternité. Nous entretenons cependant des échanges réguliers et nous avons souhaité la recontrer chez elle, dans son petit appartement du quartier Saint-Maurice, pour voir quelle était désormais sa vie.

Arrivés à l'étage, après avoir franchi la porte qui donne sur la rue et gravi un escalier, nous entrons dans la pièce à vivre, claire et agréable. Bien que la fin du mois d'août soit plutôt fraîche, l'une des fenêtres qui donnent sur la rue est grande ouverte. Yvette vacille un peu lorsque nous la saluons…

C.M. : Eh bien, que se passe-t-il Yvette ? Notre arrivée te trouble tant que ça !

Y. : Ce n'est rien. J'ai des pe-tits vertiges à cause d'un médicament que je dois prendre pour ma tension. Rien de grave, rassurez-vous.

C.M. : Alors, comment ça se passe depuis que tu es installée ici ?

Y. : Je suis très contente. J'aime bien le quartier. Il y a vraiment tout ce qu'il faut et c'est calme. On est à deux pas de la station de métro, il y a tous les commerces dans la rue du Faubourg-de-Roubaix et on est un peu en retrait des bruits de circulation. C'est très bien.

C.M. : Tu as réussi à oublier les mauvais moments de ton expérience passée ?

Y. : Pas vraiment. J'ai eu de la chance de vous avoir rencontrés car le foyer... c'est un passage obligé mais c'est quand même assez traumatisant... heureusement que j'ai pu obtenir une chambre individuelle parce que vous savez, les personnes qui sont là ont des problèmes très graves. Il y a beaucoup d'alcooliques, de gens bizarres.. Mais je dois dire que j'ai été très bien épaulée par le person-nel. D'ailleurs, je remercie l'assistante sociale qui m'a aidée pour mon dossier de retraite car j'ai atteint l'âge à ce moment-là et il y a eu beaucoup de soucis. Figurez-vous que j'avais deux numéros de sécurité sociale ! Il y avait confusion avec une autre personne mais avec de la patience et de l'obstination les choses ont fini par s'arranger. Mais ça a été un sacré bazar !

C.M. : Tu revois ta famille maintenant ?

Y. : Je vois régulièrement mon fils mais pas ma fille et mon petit-fils. Ça me manque beaucoup mais que voulez-vous. Peut-être qu'avec le temps les choses vont s'arranger.

C.M. : Au niveau financier ça va ?

Y. : C'est plus difficile depuis que je touche ma retraite. En tout j'ai environ 900 euros par mois et du coup l'allocation logement a fortement diminué. Au début j'avais le maximum, un peu plus de 260 euros par mois, puis c'est passé à 153 euros et maintenant je n'ai plus que 83 euros par mois. Le loyer n'est pas élevé [NDLR : 262 euros par mois aide au logement déduite] mais je trouve que je paye beaucoup pour le gaz et l'électricité. Pourtant je ne suis pas frileuse. Comme vous voyez la fenêtre est toujours ouverte. Une maison ça doit respirer. Mais j'ai quand même eu un rappel de 240 euros de gaz ! Je trouve qu'il faut attendre longtemps pour avoir de l'eau chaude, c'est peut-être à cause de ça... [NDLR : le logement est équipé d'une chaudière à production d'eau chaude, comme dans la plupart des logements Bersabée. L'isolation est correcte mais... l'énergie ne fait qu'augmenter].

C.M. : On demandera au technicien de vérifier ton installation lors du prochain entretien de chaudière. Mais tu sais... l'énergie a fortement augmenté et tu n'es pas la seule à le déplorer. Sinon, tu sors un peu ? Tu vois des gens ?

Y. : Oui j'ai des amis qui viennent me voir régulière-ment, qui m'invitent chez eux aussi. C'est un couple qui habite à côté d'Armentières. Ils ont un grand jardin et c'est bien agréable quand il fait beau. Tout à l'heure ils passeront me chercher pour faire des courses. J'ai aussi gardé le contact avec une jeune femme du foyer de Roubaix, une Africaine avec qui j'ai sympathisé. On se voit souvent. Là elle est partie au Congo et elle va revenir bientôt.

C.M. : Et ce problème de san-té qu'on évoquait tout à l'heure... L'escalier n'est-il pas un handicap ?

Y. : Non ça va pour le moment. Le problème serait plutôt financier là aussi car je n'ai plus la CMU et du coup il faut souvent avancer l'argent.

C.M. : Tu n'as pas de mutuelle ?

Y. : Non, je n'ai que la sécu.

C.M. : Tu devrais adhérer à une mutuelle. Imagine : si tu es hospitalisée tu devras payer le forfait journalier... As-tu demandé une aide pour acquérir une complé-mentaire santé ?

Y. : Non. Je ne sais pas ce que c'est. L'entretien nous permet de pointer une faille que nous allons nous employer à combler. Nous prenons l'engagement de revenir avec le dossier et de faire le nécessaire pour qu'Yvette puisse avoir une couverture santé plus rassurante.

C.M. : Au niveau de ton logement tu n'as pas d'autres problèmes ?

Y. : Il y a les plaques électriques qui ne fonctionnent plus très bien. Effectivement, l'appareil est d'origine, c'est-à-dire qu'il compte plus de 15 ans au compteur. Le voyant de sécurité ne fonctionne plus, les mollettes de réglage non plus. Là aussi, nous promettons de faire le nécessaire.

C.M. : Eh bien merci de ton accueil Yvette. On te rappellera pour fixer un rendez-vous et voir cette affaire de mutuelle.

Y. : D'accord, je vous remercie beaucoup. Farid prend une photo pour illustrer cet article. Nous repartons avec du travail mais cette visite a été enrichissante car on s'aperçoit trop souvent que les locataires n'osent pas nous solliciter pour résoudre leurs petits problèmes. Et là nous avons le sentiment que le défaut de mutuelle est une carence qui pourrait entraîner Yvette dans des ennuis budgétaires bien plus embarrassants que sa facture énergétique... Yvette fait partie sans conteste de ces personnes qui répugnent à demander de l'aide, qui tiennent à se débrouiller seules et ne veulent pas « déranger ». Nous constatons que notre rôle de « prévention » et d'accompagnement dans l'accès aux droits prend toute sa mesure à la faveur de ces visites.

L’équipe Champ Marie | Septembre 2014

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