Recevez par mail toute l'actualité petits frères des Pauvres
Pourquoi s'abonner ?
  • Votre adresse ne sera ni vendue, ni échangée
  • Désinscription en un seul clic
Contact
> > > Le projet « Vieux Migrants » : un nouvel axe de l'accompagnement à la Fraternité Paris Sud

Le projet « Vieux Migrants » : un nouvel axe de l'accompagnement à la Fraternité Paris Sud

Le projet d'accompagnement des « vieux migrants », à l'initiative de plusieurs partenaires du 15ème arrondissement, constitue un nouveau champ d'action pour la Fraternité Paris Sud des petits frères des Pauvres.
Problématique émergente, elle interroge les pratiques de soutien et réaffirme le besoin de solidarité.

En 2003, Isabelle Péan, coordinatrice en charge des actions collectives au Point Paris Emeraude, CLIC (centre local d'information et de coordination) du 15ème financé par le Conseil Général de Paris, sensibilisée aux difficultés rencontrées par la population des « vieux migrants », constitue un groupe de travail composé de différents professionnels de l'action sociale (les services sociaux départementaux de polyvalence, de la CRAMIF, du HEGP, le CASVP 15ème) du 15ème arrondissement.
L'Adoma (ex Sonacotra, société nationale pour la construction de logements en direction des travailleurs « migrants »), constatant depuis quelques années, un vieillissement des personnes vivant au sein de ses foyers, a décidé de se rapprocher en 2004 de ce groupe de professionnels de l'action sociale. Ainsi, Mme Margarida NOGUEIRA (Directrice de l'agence sud de Paris) a-t-elle commencé à participer régulièrement à ses réunions.

Par la suite, le groupe a fait des démarches d'élargissement en intégrant d'autres gestionnaires de foyers (notamment de l'AFTAM).

Après une première phase de découverte des problématiques, ce groupe, qui partageait la même conviction qu'il était nécessaire d'établir une présence et un lien sur le « terrain », a mis en place les plusieurs actions d'accès aux droits et de prévention santé.

Afin de créer un lien plus régulier et plus personnalisé, tout en favorisant la confiance entre travailleurs sociaux et « vieux migrants », il a été décidé de contacter les Petits Frères des Pauvres. Ces derniers, devaient permettre la réalisation d'actions variées et complémentaires de celles du groupe, actions orientées sur la rupture de l'isolement, s'appuyant l'accompagnement individuel, et collectif, notamment au travers du loisir et de sorties culturelles.

Après une phase de gestation, l'action à destination des « Vieux migrants » s'est concrétisée en 2008.

Certaines singularités

Ces travailleurs étrangers viennent, pour la plupart d'entre eux, d'Afrique du Nord et d'Afrique sub-saharienne. Arrivés en France dans les années 1950 à 1970, ils ont contribué à la reconstruction d'après-guerre et ont constitué un apport de main d'œuvre pour l'économie française alors en plein boom. En France, ils sont près de 70 000 âgés de plus de 50 ans à vivre dans les foyers de travailleurs migrants. Certains de ceux dont s'occupent les petits frères des Pauvres avaient notamment vécu dans des logements particulièrement insalubres, les « bidonvilles » de Nanterre. Par la suite, ils ont été relogés dans ces foyers plus modernes.

Très autonomes et habitués à compter sur eux-mêmes ils ont parfois manifesté une certaine surprise, voire une réserve initiale vis-à-vis de ce projet d'accompagnement des petits frères des Pauvres.

Ne disposant que d'un faible niveau de vie, et fragilisés par une vie professionnelle souvent dure (dans le bâtiment ou l'automobile par exemple), la plupart de ces travailleurs retraités sont confrontés à des problèmes de santé. Celle-ci étant d'ailleurs rendue plus précaire avec leur avancée en âge.

C'est aussi une population marquée par l'importance des déplacements entre la France et le pays d'origine, témoignant ainsi de leur double ancrage entre ces deux pays, des solidarités entretenues envers les proches, mais aussi des difficultés rencontrées pour séjourner durablement hors de France (le maintien des droits au régime général de l'assurance maladie étant conditionné à une résidence de plus de six mois en France).

C'est notamment cet aspect des choses qui a rendu plus complexe une action continue.

Néanmoins, le travail a pu commencer en début 2008 et prendre son essor en 2009 dans deux foyers (ADOMA, AFTAM) situés dans le 15e arrondissement. Il s'est ensuite étendu à une autre résidence d'ADOMA toujours dans le 15e. La plus grande, 73 rue de la Procession, accueillait avant le début de la réhabilitation un peu plus de 300 résidents dont 1/3 de retraités.

Certaines résidences sont « insalubres » souligne Françoise Cabo, qui coordonne les actions de la Fraternité Paris Sud concernant les « vieux migrants ». «Les conditions de vie y sont souvent encore très difficiles, mais de nombreuses réhabilitations sont en cours . L'accompagnement par les petits frères des Pauvres y est particulièrement justifié » ajoute Béatrice de Tressan, présidente de la Fraternité Paris Sud. En effet, petit à petit, les foyers sont rénovés. Il y a souvent urgence, certains logements étant très dégradés, les parties communes abîmées.

Des actions variées

La Fraternité Paris Sud participe aux actions engagées par le groupe de professionnels, ces dernières étant articulées autour de l'accès aux droits et des questions de santé.
Ainsi des temps d'information et de prévention en matière de santé (conférences sur les problèmes liés au diabète, aux risques dentaires, sur la prévention des chutes, ou encore sur l'action sociale des caisses de retraite en direction des retraités) ont été organisés par le groupe de professionnels. Des intervenants divers comme un ergothérapeute ou tout récemment en janvier une podologue ont permis de sensibiliser les « vieux migrants » à ces questions. Des consultations ont même eu lieu sur place. «On a même pu par ce biais sauver une personne qui avait un taux de diabète trop élevé», rappelle avec fierté Françoise Cabo.
En parallèle les bénévoles des petits frères des Pauvres ont réalisé des permanences d'accueil hebdomadaires, notamment au foyer de l'AFTAM rue Falguière. Elles ont permis par exemple d'aider à remplir des documents administratifs (dossiers de retraite entre autres).

Par ailleurs, l'accompagnement de « vieux migrants » par ces bénévoles au cours de différentes démarches de soins (rendez-vous chez le médecin, aide pour l'obtention d'un devis par le dentiste etc.), a permis d'assurer un relais concret et adapté, en complémentarité avec les actions plus «théoriques».
Mais la Fraternité Paris Sud n'a pas voulu se limiter à une simple réponse, certes nécessaire, aux problèmes immédiats auxquels sont confrontés les vieux migrants. Un autre volet très important de l'opération porte sur des activités culturelles. C'est d'ailleurs largement pourquoi elle a été sollicitée.

« Des sorties ont été assez régulièrement organisées depuis l'automne 2008 » explique Souad Azzimani, une jeune professeur d'anglais, bénévole depuis septembre 2008. Le cirque d'hiver, (« une première pour eux »), les Invalides (« ils ont beaucoup apprécié les tirailleurs de la guerre avec leurs beaux costumes »), la Tour Eiffel (« c'était émouvant car un des migrants avait travaillé pour les jardins autour de la Tour ») ou l'Institut du Monde Arabe (IMA) ont été l'objet de visites en petits groupes, généralement une dizaine de personnes.

Atelier de peinture dans un foyer de migrantsAvec l'aide de son directeur, François Compain, un projet de réhabilitation et d'embellissement a été mené au foyer AFTAM par certains résidants, des bénévoles des pfP, et des jeunes de l'association «Unis-cité».
Il a permis la réalisation de 7 fresques murales. Un vernissage a eu lieu à la fin de chaque fresque. C'est Alexandra Roussopoulos, une artiste peintre qui dirige déjà l'atelier peinture de la Fraternité Paris Sud, qui a animé et encadré ces réalisations collectives.

Si cette opération à destination des vieux migrants a suscité au début des réactions prudentes, nombre d'entre eux ont été enthousiasmés par les actions proposées, «une fois qu'on a gagné leur confiance », insiste Mme Cabo. (Voir le témoignage en encadré)

Souad Azzimani le confirme : « pour les convaincre de suivre nos activités, cela met du temps, il faut qu'ils s'habituent à nous ». « Au début, ils craignaient le regard des autres pendant les visites. Mais en fait, ils étaient contents. Au fur et à mesure, ils se sont de plus en plus intéressés aux activités. Ils ont même demandé que l'on fasse des photos souvenirs pour les envoyer à leur famille ».

Des perspectives d'évolution

Mais le programme peut être mieux suivi et mis en valeur, les actions peuvent être encore améliorées pensent les différents acteurs de la Fraternité. Quant aux « vieux migrants », ils réagissent favorablement aux propositions quand on les interroge.

Une des difficultés de cette action a été pendant les premiers temps de recruter des bénévoles pour ce public. Souad Azzimani reconnaît que « c'est un secteur difficile parce qu'il y a une spécificité. C'est une population que les gens connaissent peu. » Mais depuis peu on est passé de 5 à 9 bénévoles. De plus ces bénévoles sont arabophones, ce qui facilite la communication avec certains vieux migrants qui ne maîtrisent pas toujours parfaitement le français.

Autre problème, le manque de visibilité des actions menées. Il faut se faire mieux connaître pour développer un accompagnement plus personnalisé. Et aussi pour attirer davantage de « migrants ». Souvent « ils ne sont pas nombreux à participer » et « c'est souvent par le bouche à oreille qu'ils viennent aux activités », indique Françoise Cabo. Mais une fois qu'ils sont convaincus, ce sont les mêmes qui reviennent explique Souad Azzimani.
Au-delà de ces difficultés, au moins deux axes pour mener des actions peuvent être suivis.

D'abord en essayant de tenter de mieux répondre à leurs attentes. La difficulté est « qu'ils n'expriment pas de désirs réels » ce qui rend plus ardu de définir des actions. Mais l'expérience de la visite à l'IMA est à cet égard instructive. « Ils sentaient que cela leur appartenait, que c'était leur culture », souligne Françoise Cabo. Cependant Souad Azzimani estime qu'il ne faut pas seulement se focaliser sur leur origine. Beaucoup ont des difficultés liées au vieillissement comme d'autres personnes de leur âge. Il ne faut donc pas « les enfermer dans leur culture d'origine » ; une « culture d'origine » elle-même d'ailleurs travaillée par l'expérience de l'exil.

D'autre part les actions peuvent être renforcées et élargies.

Françoise Cabo souhaiterait organiser des sorties une fois par mois au restaurant de Chanoinesse. Jusqu'à présent, il n'y en a eu qu'une en octobre 2009. Un moyen de les réunir et de discuter pendant quelques heures permettant aussi de mieux connaître leurs désirs indique Souad Azzimani.
La coordinatrice aimerait aussi les faire accéder aux maisons de vacances des petits frères des Pauvres. « C'est un projet de longue haleine car ils sont réticents et ne comprennent pas qu'on s'intéresse à eux » !

A court terme, les projets ne manquent pas et sont envisagées une sortie à la Géode à Paris pour connaître et voir le parcours d'un grand voyageur arabophone, Ibn Battuta, une sortie au cirque et une visite de la Cité nationale de l'immigration où est présentée une exposition « Générations, un siècle d'histoire culturelle des Maghrébins en France ", qui devrait susciter un grand intérêt de leur part.
Un projet répondant aux missions des petits frères des Pauvres.

En réalité, on n'en est encore qu'aux débuts d'une action qui pourrait être beaucoup plus ample. Il reste beaucoup à faire car cette « question des migrants âgés est peu connue des professionnels du grand âge et peu prise en charge par les associations de proximité », comme le souligne Murielle Maffessoli, directrice de l'observatoire régional de l'intégration et de la ville dans un article « Travailleurs migrants : mieux vieillir en foyer », La gazette santé social, décembre 2009.

Par ailleurs, «cette population de vieux migrants est livrée à elle-même », souligne Françoise Cabo. En effet, les travaux de réaménagement, comme par exemple à Convention, ont entraîné de grandes améliorations du cadre de vie (chambres aménagées en de véritables studios). Mais ces réhabilitations vont vers un renforcement de l'isolement alors que les « migrants » ont vécu toute leur vie en collectif. La perte d'espaces telles que les cuisines collectives, lieux d'échanges et de solidarités, favorise cet isolement et une certaine perte de repères.

Les petits frères des Pauvres ont donc ici un rôle à jouer en accord avec leurs valeurs : celui de soutenir ce lien collectif et ces logiques de solidarité sur lesquelles il s'appuie.
Le projet d'accompagnement de ceux que l'on désigne sous l'appellation de « Vieux Migrants » s'intègre donc clairement dans le champ d'action de la Fraternité Paris Sud. C'est un vaste chantier pour l'association, qui peut et doit mobiliser de nombreuses énergies.

Un grand merci pour les gens qui ont contribués à la réalisation de l'article.

Article rédigé par :
Edouard Pflimlin (bénévole Fraternité Paris Sud)
Olivier Coupry (chargé de communication à la Fraternité Paris Sud)

Actualités

  • Quand le théâtre rencontre l'équipe de Paris Saint-Maur : ACTE 2

    01/08/2017   Samuel Valensi, auteur et metteur en scène de la pièce « L’inversion de la courbe », également fondateur de la compagnie La poursuite du bleu, revient sur sa rencontre avec les petits frères des Pauvres et les répercussions que cela a eu sur ses projets. 
  • Festivités en Sologne, près du château de Mont-Evray !

    27/07/2017   Vous pouvez réserver votre hébergement à l’hôtellerie du Centre de Rencontre des Générations 
  • « C'est comme si on venait voir son grand-père ou sa grand-mère », témoignages de l'équipe de Nantes dans Ouest France

    26/07/2017   Le quotidien Ouest France a rencontré les membres des petits frères des Pauvres de Nantes lors d'un barbecue organisé par l'équipe. Ils partagent leurs expériences : visites, vacances, moments collectifs, formations et flexibilité du bénévolat. Un article du 21 juillet 2017. 
  • Offre de service civique à Arnay le Duc

    23/06/2017   Objectif de la mission : Participer, avec les bénévoles des équipes petits frères des Pauvres d’Arnay le Duc, à la lutte contre la solitude et l’isolement des personnes âgées par la mise en place d’actions d’accompagnement. Votre mission devra également faciliter la pérennisation de l’action par l’équipe bénévole. 
  • Offre de service civique à Chalon-sur-Saône et Dijon

    23/06/2017   Objectif de la mission : participer, avec les bénévoles des équipes petits frères des Pauvres de Chalon et de Dijon, à la lutte contre la solitude et l’isolement des personnes âgées par la mise en place d’actions d’accompagnement. Votre mission devra également faciliter la pérennisation de l’action par l’équipe bénévole.  
Voir tout >>>

Evénements

Voir tout >>>

Articles du même thème

  • Nous recherchons des bénévoles pour que Noël soit une fête pour tous !

    21/11/2017   Fêter Noël avec les petits frères des Pauvres c'est accompagner, échanger et partager avec ceux qui en ont le plus besoin. C'est offrir un cadeau qui n'a pas de prix : un peu de temps pour aider les personnes âgées à se sentir moins seules… 
  • « On ne les met pas au lit, on les jette »

    20/07/2017   Une dizaine d’aides-soignantes de la maison de retraite Les Opalines, à Foucherans, ne travaillent plus depuis 100 jours, dans le silence national absolu. 
  • Réouverture du château de Gigny

    23/06/2017   Après 15 mois de fermeture et 18 mois de travaux, le château de Gigny-sur-Saône accueille à nouveau des résidents à partir du mercredi 21 juin. 
  • La place des personnes âgées dans les missions gouvernementales

    22/06/2017   Les petits frères des Pauvres regrettent que les enjeux du vieillissement et les conditions de vie des personnes âgées n’aient pas une place plus importante dans la constitution de la nouvelle équipe gouvernementale et qu’aucun conseiller ministériel ne soit clairement identifié sur ces thématiques au sein du Ministère de la Santé et des Solidarités. 
  • 12ème Journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées

    13/06/2017   En accompagnant plusieurs milliers de personnes âgées souffrant d’isolement, de précarité, de maladies graves, les petits frères des Pauvres rencontrent chaque année des situations de maltraitance. Négligences, traitements dégradants, abus de confiance, pressions financières, démarchages commerciaux abusifs, violences verbales, voire actes de maltraitance physique sont quelques-uns des maux auxquels les personnes âgées, en particulier les plus fragiles et isolées, sont exposées. Depuis 2007, l’Association a mis en place une cellule d’appui et de conseil afin de prévenir et traiter les situations de maltraitance.  
  • L’isolement des personnes âgées ne peut pas être un argument marketing

    01/06/2017   Depuis quelques semaines, le groupe La Poste propose une nouvelle offre « Veiller sur mes parents ». Cette nouvelle activité consiste à la visite payante des factrices/facteurs auprès de personnes âgées isolées. Face à cette proposition commerciale qui promet d’«éviter l’isolement des personnes âgées », les petits frères des Pauvres s’inquiètent, une nouvelle fois, de la marchandisation d’une souffrance sociale qui risque d’entraîner encore un peu plus d’exclusion. 
  • Être bénévole cet été, c’est favoriser le droit aux vacances pour les personnes âgées isolées

    02/05/2017   Chaque été, les petits frères des Pauvres proposent à des bénévoles d’agir ensemble dans un temps à la fois joyeux et dense contre l’isolement des plus de 50 ans. En invitant les citoyens à s’engager durant l’été, l’Association défend un formidable vecteur de maintien du lien entre les générations et la promotion de la mixité sociale grâce à la diversité de ceux qui s’investissent. Pour certains, cette expérience va même inciter à poursuivre son engagement de façon plus régulière. 
  • Noël solidaire dans un hôtel de luxe grâce aux petits frères des Pauvres

    26/12/2016   En ce jour de Noël, les bénévoles de l'association les petits frères des Pauvres ne pouvaient laisser les personnes isolées.Menu de fête, coupe de champagne et même concert leur ont été offerts. C'est au restaurant du luxueux hôtel du Mariott qu'ils ont été reçus et qu'ils ont pu, l'espace d'un instant, oublier leur solitude. L'organisation a demandé deux à trois mois de préparation. Reportage de BFMTV 

Témoignages


Voir tout >>>

Je veux donner

Je veux être bénévole

Les annonces emplois des petits frères des Pauvres

Je veux être volontaire Service Civique

Grâce à Romain, la solitude dde Suzanne n'est plus qu'un lointain souvenir