Jean-Frédéric raconte l’accompagnement auprès des détenus malades

L'accompagnement des personnes malades et détenues, un bénévolat aussi singulier qu'enrichissant. © Yan Proefrock
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Depuis quelques mois, Jean-Frédéric accompagne des personnes détenues vieillissantes, malades, à l’UHSI (Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale) de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Récit d’un bénévolat peu commun...

« Je suis bénévole chaque mardi après-midi, auprès des détenus, tous malades, qui acceptent ma présence. Un bénévolat, simple et singulier et d’une grande richesse. Simple car je n’ai rien à faire, ou si peu : être présent, à moi-même et à ceux que j’accompagne, laisser venir la parole, écouter, ajuster au besoin ma présence.

Singulier car l’UHSI ne ressemble à rien de ce que j’ai pu connaître. Hôpital et prison tout à la fois, blockhaus hyper sécurisé, mais aussi lieu de vie, rempli d’humains (détenus, surveillants, personnel médical…). Il m’a fallu plusieurs semaines pour ne plus être impressionné par la froideur du bâtiment, par les protocoles de sécurité.

Tendre la main

Je n’ignore pas le contexte de mes visites. Certains des malades ont accompli des gestes d’une grande violence à l’égard d’autrui (…) Toutefois, ma présence n’a pas pour objet de juger mes interlocuteurs mais de leur tendre la main. En toute fraternité, mais sans me bercer d’illusions. La plupart des détenus sont avides de rencontres. Leur solitude est réelle, leur besoin de parler, immense. Ma simple présence, et le fait qu’aucun lien (d’ordre médical, familial ou en rapport avec l’enfermement) ne me lie à ceux que je visite, leur permet, très souvent, d’exprimer une vulnérabilité, des failles qu’il leur faut continuellement cacher en prison.

De nombreux détenus souffrent, en plus de leurs maladies, de pathologies psychiques. J’ai souvent la sensation, face à ces hommes « fracassés » d’être, le temps de mes visites, non pas un miroir, mais plutôt un contenant, je ne sais trop comment, d’un peu de leur angoisse et de leur incompréhension du monde. Je rencontre des hommes (pour l’instant, aucune femme n’était hospitalisée lors de mes visites) souvent très en colère. Cette rage, au début de mon bénévolat, pesait parfois sur mes épaules, et m’épuisait, comme si elle me visait directement. J’ai appris, peu à peu, à la côtoyer sans me sentir atteint par sa virulence. Du reste, mon calme face à l’expression de la colère permet souvent aux détenus de passer à autre chose…

Exprimer leur humanité

Il y a parfois de la malice, de la joie, des rires lors de mes visites à l’UHSI. Il suffit de peu – une présence inattendue – pour que la vie fasse irruption au sein des chambres/cellules. Ce bénévolat me passionne et m’enrichit. Je rencontre à l’UHSI des gens issus de milieux, de cultures, de pays très divers. Leur parcours s’avère souvent chaotique, empreint de ruptures, de violence et de passages à l’acte. Certains d’entre eux n’ont de rapport à l’autre qu’à travers la manipulation, d’autres semblent perdus. D’autres, encore, ont soif d’un véritable échange.

Je ne m’aveugle pas sur l’importance de mon rôle. Je n’ai pas le pouvoir de changer la vie de ceux que je visite. Cependant, je peux, dans le meilleur des cas, leur offrir un peu d’humanité (la mienne) et, par là-même, les aider à ressentir, à exprimer leur humanité propre. C’est pour moi une source de joie. » 

Je peux, dans le meilleur des cas, leur offrir un peu d’humanité et, par là-même, les aider à ressentir, à exprimer leur humanité propre. 

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Rodin Munganga

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