8 idées reçues sur la vie sexuelle des personnes âgées

13 février 2020

Les Petits Frères des Pauvres décryptent les clichés sur la vie affective et sexuelle de nos aînés... © wavebreakmedia / Shutterstock

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La sexualité de nos aînés, un sujet tabou et à l’origine de nombreux préjugés. Pourtant, les personnes âgées ont toujours une vie affective et sexuelle et ne comptent pas mettre le sexe à la retraite… Avec l’aide du Dr. Patrick Papazian, sexologue, les Petits Frères des Pauvres décryptent les clichés et font changer de regard sur la vieillesse.

1- Les personnes âgées ne font plus l’amour

FAUX. Plusieurs études démontrent que les personnes âgées ont toujours une vie affective et sexuelle en vieillissant. En 2015, une étude britannique de l’Université de Manchester réalisée sur 7000 aînés révélait que plus de la moitié des hommes (54 %) et d’un tiers des femmes (31 %) âgés de plus de 70 ans disaient continuer à être sexuellement actifs, et pour le tiers d’entre eux, ils auraient au moins deux relations sexuelles par mois. 
Autre recherche citée par le Dr. Patrick Papazian, sexologue et notamment auteur du livre Parlez-moi d’amour (éditions de l’opportun, 2016) : « il s’agit d’une étude suédoise qui a suivi une grande cohorte de personnes de 1971 à 2001. On voit vraiment de manière très nette au cours de ces 30 années, l’augmentation du pourcentage de personnes âgées ayant toujours des rapports sexuels. Avec notamment, une augmentation plus marquée chez les hommes célibataires : avec plus d’un homme célibataire sur deux de plus de 70 ans qui avait toujours une activité sexuelle en 2001 contre un quart en 1971 par exemple. Les femmes là-aussi ont une augmentation importante puisqu’en 1971, on était à 1 % de femmes de plus de 70 ans qui déclaraient avoir une activité sexuelle alors qu’en 2001, on est à 12 %, donc nous sommes à fois 10 »
 
Le Dr. Patrick Papazian conclut : « je vois bien dans mes consultations que le sexe n’a pas d’âge. Parmi mes patients les plus âgés, certains ont près de 90 ans, et ils ont toujours une activité sexuelle ! »
 
Le sexe n’a pas d’âge

2- Une femme ménopausée n’a plus de désir

FAUX. « Là aussi, il faut regarder les études, on a une femme sur deux, qui n’aura aucune conséquence sur la sexualité de sa ménopause. C’est un chiffre qu’on a tendance à oublier de citer. On ne voit que la bouteille à moitié vide, on ne cite que les bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale voire l’atrophie vaginale, les douleurs au moment des rapports et la diminution du désir. Et il faut donc citer le fait qu’une femme sur deux va traverser tout ça en ayant un désir qui ne bouge pas ! » rassure le Dr. Patrick Papazian.

3- La plupart des personnes âgées ont des dysfonctions sexuelles

FAUX. « C’est une idée à laquelle il faut tordre le cou. Il serait intéressant d’avoir une pédagogie dans notre société sur le vieillissement physiologique de la fonction sexuelle. Typiquement, chez les femmes, leur expliquer que la lubrification nécessite plus de temps mais que ce n’est pas pour ça qu’elle n’est pas là. Lorsqu’il y a des inconforts à la pénétration par exemple, il existe tout un tas de solutions très simples (diverses et variées) pour favoriser le confort au moment des rapports. 
Et les hommes, c’est pareil. Il est vrai que les problèmes d’érection peuvent être un peu plus fréquents. 
En vieillissant, il se passe des phénomènes dans notre corps… De même qu’on a un peu plus de rides, que la gravité est notre pire ennemi et qu’on prend un peu de poids, les fonctions sexuelles vieillissent un peu mais ce n’est pas pour ça qu’elles sont moins performantes : elles évoluent, parfois avec difficulté mais parfois avec des bénéfices intéressants… » explique le sexologue.
 

4- Les personnes âgées préfèrent la tendresse aux rapports sexuels

VRAI ET FAUX. Pour le sexologue, il existe deux cas de figure :
  • « On dit souvent qu’en vieillissant, dans « relation sexuelle », on va se rapprocher du mot « relation ». Une si grande complicité des corps se met en place, qu’on qualifierait de « tendresse », mais où les étreintes, les baisers, ont une forte charge affective et sexuelle. Pour les couples qui sont ensemble depuis plusieurs décennies, la sexualité évolue sur un mode un peu plus tendre et moins génital, mais c’est de la sexualité aussi et ça c’est important de le dire à ces couples ». 
  • « Il y a également des personnes âgées voire très âgées qui conservent une sexualité très génitale, voire même qui vont commencer à explorer des territoires qu’elles n’avaient jamais exploré ! »

La tendresse, le secret d'un couple qui dure ? © Ruslan Huzau / shutterstock

5- Les personnes âgées ne peuvent pas attraper d’infections sexuellement transmissibles

FAUX. « Il n’y a pas d’âge pour arrêter la prévention ! Il existe une prévention diversifiée, qui doit être inclusive des personnes âgées » martèle le sexologue. En effet, l’âge n’a jamais protégé des infections sexuellement transmissibles… Ainsi, en 2019 comme les autres années, on a observé une part non négligeable de nouvelles contaminations au VIH chez les hommes de 50 ans et plus. 
 
« De même que chez la femme, le frottis doit rester d’actualité. La femme peut attraper une infection à gonocoque ou chlamydia à un âge avancé, la syphilis… » énumère le Dr. Patrick Papazian.
 
Il n’y a pas d’âge pour arrêter la prévention !

6- En Ehpad, les personnes âgées ne peuvent pas avoir de rapports sexuels

VRAI ET FAUX. Au sein des EHPAD, deux documents font foi pour le respect de la vie intime et affective : le contrat de séjour et le document individuel de prise en charge, sur lesquels les familles et les tuteurs n’ont pas à intervenir. Ainsi, un établissement accueillant une personne âgée ne peut interdire les pratiques ou relations sexuelles dès lors qu’elles s’exercent dans une sphère intime. Pour autant, rien n’est prévu pour permettre à celles-ci d’avoir lieu dans de bonnes conditions… 
 
Le Dr. Patrick Papazian déplore : « En Ehpad ou en service de long séjour, la dimension sexuelle est complétement gommée. D’une part, chez les personnes qui sont en couple et où l’un des deux seulement est placé, il est assez rare qu’on organise des choses pour que la vie intime soit préservée quelle qu’elle soit. Là aussi, on va avoir des tas de représentations et de croyances. Par exemple, on va estimer que parce qu’une personne a une maladie d’Alzheimer, elle n’a plus de sexualité. Lorsque j’ai travaillé en gériatrie, j’ai eu des témoignages très touchants qui expliquaient au contraire que la sexualité était un moment où la mémoire était complètement différente et où la personne retrouvait un peu de son éclat.
Dans les services de soins palliatifs également, c’est quelque chose qui est complètement oublié alors que, quelque fois, quand vous vivez vos dernières semaines avec votre conjoint(e), ça peut être très important d’avoir ces bulles d’intimité…
». 

7- En vieillissant, on reste forcément de la même orientation sexuelle

FAUX. « J’ai eu quelques cas en consultation où les personnes ont des interrogations sur leur orientation sexuelle, parfois aussi sur leur identité. Par exemple, il y a un certain nombre de femmes qui vont mener leur vie de femme, c’est-à-dire ce que la société attendait d’elles dans les années où elles étaient en âge de se marier. Donc elles se sont mariées à un homme, elles ont fait leurs 3 enfants, elles les ont élevés, elles n’ont pas forcément pris de plaisir lors des rapports, et puis à 60-70 ans, elles se rendent compte qu’elles aiment les femmes ! Elles ont une deuxième vie qui commence à 70 ans passés. 
Il y a parfois aussi des personnes transsexuelles à des âges très avancés. Ça aussi, ce sont des choses qu’il faut savoir entendre, parce que c’est enthousiasmant, ça prouve que "la messe n’est jamais dite" et qu’on peut avoir des surprises jusqu’à la mort, dans sa vie sexuelle !
», révèle le Dr. Papazian. 

8- Les personnes âgées n’utilisent pas les applis de rencontres pour des histoires d’un jour ou des histoires d’amour 

FAUX. « J’ai des patients de 80 ans passés qui vont sur les applis de rencontre, comme Tinder, pour rencontrer des femmes de leur âge et vivre une histoire sérieuse. Ils sont courageux. C’est un phénomène qu’il ne faut pas oublier, ils utilisent les moyens contemporains de rencontre », précise le sexologue.
 
Effectivement, il y aurait 27 millions de célibataires en France dont 9 millions de plus de 50 ans. Un marché qui n’a pas été oublié des sites de rencontres… Plusieurs se sont lancés sur le créneau comme Disons-Demain, destiné aux rencontres pour les plus de 50 ans, il revendiquait 1,2 million d'inscrits en 2019 ou encore Passions qui compterait 200 000 utilisateurs.
 
Plus d’infos :
Parlez-moi d’amour ! 
Dr. Patrick Papazian
Editions de l’opportun
2016
14,90 €

© Editions de l'opportun

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