La précarité et l’isolement, facteurs aggravants des douleurs chroniques ?

02 septembre 2020
Personnes âgées douleurs chroniques

Une vingtaine de personnes âgées accompagnées par les Petits Frères des Pauvres participent à l'étude sur les douleurs chroniques. © pikselstock/ Shutterstock.com

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Les douleurs chroniques, un mal silencieux qui touche particulièrement les personnes en situation de précarité ? Dans le cadre d’un projet en partenariat avec France Assos Santé et le réseau Lutter contre la douleur, les Petits Frères des Pauvres mènent une étude pour améliorer la prise en charge de la douleur chronique chez les personnes précaires.

Après des années d’errance médicale, leur douleur est enfin écoutée. Dans le cadre du projet TIGA en partenariat avec France Assos Santé et le réseau Lutter contre la Douleur, les Petits Frères des Pauvres ont proposé à une vingtaine de personnes âgées en situation de précarité accompagnées par les équipes de Paris Saint-Maur (11e), Simplon (18e) et Yersin (13e) de participer à une étude pour mieux comprendre leur douleur et si possible, la soulager. 

« Ce projet d’accès à la santé et aux soins pour nos publics, permet d’impliquer la personne et de la rendre active dans quelque chose qui la touche de manière très intime », se félicite Sylvie Lattanzi, Chef de projet Usagers Système de Santé chez les Petits Frères des Pauvres, en charge du partenariat.

Les douleurs chroniques, enfin écoutées

Au cours de multiples entretiens avec une référente parcours santé qui leur est dédiée, les personnes peuvent se confier sur leur histoire, les soucis rencontrés et enfin se sentir écoutées. « Les personnes participantes nous ont expliqué que c’était la première fois qu’elles se sentaient écoutées, comprises pour cette douleur. Auparavant, elles n’osaient pas particulièrement parler de ces douleurs chroniques, pensaient que ce n’était pas grave », explique Sylvie Lattanzi.

« Avec la référente parcours santé, je ne suis pas stressée, je me sens à l’aise avec elle. C’est comme une discussion avec une amie. Elle est plus à l’écoute qu’un médecin. Elle reste 2h avec moi alors qu’un médecin, c’est une demi-heure car il a beaucoup de malades », confirme Mariam, 53 ans, accompagnée pour ses douleurs chroniques.

À l’issue des entretiens, une concertation entre le patient, le réseau Lutter contre la Douleur, le centre d‘Évaluation et de Traitement de la Douleur de Cochin (14e) et l’infirmière coordonnatrice a lieu pour prendre la décision du traitement (médicaments, alternatives naturelles…). Les traitements sont ensuite pris en charge par les partenaires et la Haute Autorité de la Santé. Actuellement, 5 personnes suivent des séances de kinésithérapie, 3 doivent faire l’activité de physique adaptée, une personne de l’acuponcture et une personne suit une psychothérapie.

La douleur est bien plus supportable, je l’accepte mieux

« J’ai commencé la kinésithérapie. Mais au-delà de ça, c’est l’accompagnement qui est très important pour moi, c’est de ça dont j’ai besoin. Je ne suis pas laissée pour compte. Même si ma douleur ne changera pas, je me sens plus en mesure de supporter ça car je ne suis plus seule. Je me sens écoutée et accompagnée par les Petits Frères des Pauvres. Du coup la douleur est bien plus supportable, je l’accepte mieux. », révèle Mariam.

La précarité aggrave les douleurs chroniques

Personnes âgées douleurs chroniques

Beaucoup de personnes âgées en situation de précarité souffrent de polypathologies, responsables de douleurs chroniques. © mrmohock/ Shutterstock

Pour les Petits Frères des Pauvres, il était important de faire participer les personnes âgées en situation de précarité à cette étude : « les personnes que nous accompagnons cumulent à la fois les pathologies qui sont liées à la précarité et aussi les maladies liées au vieillissement et à la dégénérescence du corps », décrit Marie-Thérèse Borges Tavares, responsable du pôle santé de l’équipe de l’accompagnement vers le logement de Paris Saint-Maur (11e).

De plus, pour beaucoup de personnes âgées en situation de précarité leur santé a été mise entre parenthèse durant de nombreuses années : « Lorsqu’elles sont à la rue, les personnes ne vont pas forcément faire la démarche d’aller à l’hôpital. Elles sont plutôt dans une dynamique de survie. La survie, c’est répondre à des besoins primaires : manger, dormir, parfois quelques soins d’hygiène. Il y a aussi la dimension du refus de soin, dans la dimension psychiatrique : les personnes en situation de précarité refusent très souvent de se soigner », ajoute-t-elle.

Les personnes en situation de précarité ont connu l'errance médicale

La conséquence, c’est que les personnes âgées traînent des polypathologies qui n’ont jamais été traitées ou mal soignées. « Les personnes ont connu l’errance médicale. En général, ce sont les médecins traitants qui vont songer à la question des douleurs chroniques et les traiter à coups d’antalgiques. Ce sont des traitements très basiques qui ne sont absolument pas adaptés ou pertinents et qui vont finalement entretenir la douleur et n’y répondent pas parce qu’il n’y a pas une approche globale pour la prise en charge de la douleur », poursuit-elle.

Pour la première fois, cette initiative met en lumière la douleur chronique et ses conséquences pour des personnes en situation de précarité ; il s’attache à prendre en compte le vécu de la douleur par les personnes pour pouvoir les soulager puis les traiter. Le projet se déploie jusqu’en décembre 2020 mais pourrait être étendu par la suite. Un retour d’expérience est d’ores et déjà programmé en novembre prochain avec la participation des personnes accompagnées qui ont été volontaires.

Pour plus d’informations sur ce projet :
Sylvie Lattanzi
Mail : sylvie.lattanzi@petitsfreresdespauvres.fr

 

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