Michel Billé, sociologue, sur l'étude CSA

29 septembre 2017
Etude isolement social Petits Frères des Pauvres
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Michel Billé, sociologue spécialiste du grand âge et du vieillissement, apporte son éclairage sur les résultats de l'étude CSA pour les Petits Frères des Pauvres.

Plus jamais seul ? Plus isolé qu’on ne le croit…

Il se pourrait bien que les apparences soient trompeuses…

La première qualité de ce remarquable travail d’enquête est sans doute de nous permettre de distinguer la solitude et l’isolement. Inévitable solitude, elle est constitutive de la condition humaine et peut même devenir enviable, elle est même nécessaire parfois pour que l’intime puisse exister… Redoutable isolement, il est en effet fragilisation ou rupture du lien social, des relations sociales, affectives, amicales, etc…

Cette étude nous ouvre les yeux sur une multitude d’éléments dont certains déstabilisent les représentations dont nous sommes porteurs, tantôt de façon positive, tantôt de façon inquiétante.

Comment ne pas se réjouir, par exemple, que contrairement au discours couramment admis, les familles, nos familles soient présentes et positivement actives plus qu’on ne le croit. Malgré les profondes transformations qu’elles ont connues au cours des 50 dernières années, les familles, sous des formes multiples, activent les liens affectifs et sociaux, permettent de faire entrave à l’isolement.  

Michel Billé sociologue - Petits Frères des Pauvres

Michel Billé, sociologue. © DR

A l’inverse, comment ne pas être terrifié en constatant que 300 000 de nos concitoyens peuvent être considérés comme en situation de « mort sociale » !

La pauvreté, se conjugue à l’isolement pour détruire le lien social sans lequel personne pourtant ne peut survivre… L’équivalent de la population d’une ville comme Nantes en situation désespérée. C’est d’autant plus terrible que la pauvreté et la rupture du lien rendent ces femmes et ces hommes invisibles et qu’ils survivent à côté de nous sans que nous les voyions ! C’est la vertu de cette enquête de nous ouvrir les yeux.

D’autant qu’elle nous invite aussi à une autre prise de conscience inquiétante : l’exclusion des isolés passe également par la fracture numérique. Et cette fracture a de quoi nous alerter parce qu’elle est faite d’au moins trois composantes :

  • L’aménagement des territoires… Les inégalités sont parfois flagrantes et leur réduction pose des questions politiques et économiques délicates.
  • Les conditions de ressources des personnes concernées… Les pauvres se retrouvent comme par hasard dans les territoires les moins favorisés mais leur manque de ressource les empêcherait de toute façon d’accéder au numérique.
  • Les conditions culturelles, parce que les plus isolés et les plus pauvres n’ayant jamais eu accès aux technologies enviables n’ont pas acquis la culture qui leur permettrait de les maîtriser s’ils pouvaient y accéder… Comment dès lors auraient-ils accès demain à la télémédecine à laquelle se prépare notre société ? Comment auraient-ils demain accès aux services en ligne que l’administration française ne manque pas de développer pour compenser la disparition des services de proximité ?
 
Lutter contre l’isolement, faire société avec tous nos concitoyens exigent un engagement personnel de chacun et un engagement collectif, finalement politique au sens le plus noble du terme…    

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