Moi, Laurent, bénévole de Noël

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Confronté à la solitude un 25 décembre, Laurent Dumont a décidé de se rendre utile en allant célébrer Noël avec les petits frères des Pauvres. Une décision qui a profondément changé sa vie. Alexis Duval journaliste pour Le Monde nous fait part de l'expérience bénévole de Laurent.

Les fleurs avant le pain. La devise des petits frères des Pauvres, Laurent Dumont en a pleinement saisi la portée lorsqu’en 2006, il a poussé pour la première fois les portes de l’association. Depuis, chaque 25 décembre, il participe, en tant que bénévole, au déjeuner de Noël de la section Paris Sud. « C’est devenu un rendez-vous incontournable pour moi, je serais malheureux de ne pas en être », confie l’homme aujourd’hui âgé de 47 ans, cheveux poivre et sel et petit anneau doré à l’oreille gauche.Dans le jargon des petits frères des Pauvres, reconnus d’utilité publique depuis 1981, Laurent Dumont a longtemps été un « ponctuel », apportant une aide lors de certains événements, comme le déjeuner du 25 décembre. L’engagement des ponctuels, tout autant que celui des « bénévoles d’année », est essentiel au bon fonctionnement des opérations. En 2013, ils étaient 2 845 sur les 9 482 bénévoles œuvrant contre l’exclusion de ces personnes âgées de plus de 50 ans que la maladie, la précarité financière ou une situation familiale a plongées dans l’isolement.C’est en 2006 que le déclic se produit pour Laurent Dumont. Divorcé depuis 2005, il doit partager la garde de ses deux enfants avec son ex-épouse. A lui le 24 décembre, à elle le 25. Confronté, comme d’autres, à la solitude le jour de Noël, il décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur et met à profit son temps : « A ce moment, je sentais qu’il fallait que je donne un sens à ma vie, que je me rende utile. » En discutant avec sa sœur, engagée de longue date auprès des Petits Frères des pauvres, il finit par la rejoindre et prêter main-forte à l’occasion du déjeuner de Noël.« Le regard change »Laurent Dumont, alors agent de voyages d’affaires chez American Express, dispose d’un emploi du temps qui ne lui permet pas de s’engager sur l’année. Mais même dans le cadre d’une aide ponctuelle, l’association demande à tous ceux qui sont partie prenante des actions d’assister à des réunions préparatoires dès le mois d’octobre. Acheminement, accompagnement, régimes alimentaires : l’organisation logistique doit être minutieuse.Chaque bénéficiaire du 25 décembre est parrainé par un « ami », comme les appellent les petits frères, qui le cueille à domicile. « Certains sont si impatients qu’ils appellent la permanence dès huit heures du matin pour savoir si on n’a pas oublié de venir les chercher ! », s’amuse Samia Achour, salariée des Petits frères et coordinatrice de l’opération de Noël à la section Paris Sud. Après la messe à laquelle certains demandent à assister – bien que s’inspirant des valeurs chrétiennes, l’association est à caractère non-confessionnel – direction un hôtel parisien partenaire de l’événement pour un repas de fête.En 2006, le tout nouveau bénévole se retrouve avec trois centenaires à sa table. Le choc des générations, la sensation que l’histoire le contemple : « J’étais d’abord très intimidé, très humble, mais très vite, la conversation est devenue naturelle, se rappelle Laurent Dumont. En discutant avec eux, le regard change : on se rend compte qu’on n’est plus en compagnie de personnes âgées ou malades, mais d’êtres humains qui ont besoin de chaleur, de tendresse, d’amour. Quand on le vit, on ne veut plus passer Noël autrement. »« J’ai appris à donner et à recevoir »M. Dumont ressort bouleversé par ces rencontres : « Des sourires, des regards qui pétillent, des silences qui en disent long… J’ai tant reçu en retour. » Une gratitude qui l’incite à renouveler l’aventure.D’année en année, les contacts se nouent, les amitiés naissent : « C’est comme si on prenait rendez-vous avec des vieux amis. » En 2009, il est chargé d’accompagner Yvette une femme atteinte de cécité. Le coup de cœur est quasi-immédiat. A l’évocation de l’octogénaire, l’émotion envahit le regard franc de Laurent Dumont : « Avec elle, le courant est tout de suite passé. » Depuis, chaque déjeuner de Noël, c’est lui qui demande à s’occuper d’elle.Le 19 décembre 2014, pour sa neuvième participation au Noël des petits frères, on retrouve Laurent Dumont dans l’équipe des coordinateurs du repas de la section Paris Sud. Cette année, une centaine de bénéficiaires seront accueillis a l’hôtel Marriott, sur les Champs-Elysées, avec au menu saumon fumé, pavé de selle d’agneau et bûche de Noël : de quoi passer un bon moment en compagnie de personnes dévouées. Et oublier, l’espace d’un instant solitude et morosité.A la suite de son licenciement dans le cadre de la fermeture du site sur lequel il travaillait, Laurent Dumont est devenu masseur spécialisé dans le bien-être. Son activité professionnelle lui offre désormais la possibilité de se consacrer toujours plus au bénévolat en participant notamment à de courts séjours en Ile-de-France ou en Normandie que l’association propose à ses bénéficiaires. Aux yeux de l’ancien d’American Express, le renforcement de son engagement est parfaitement normal : « Je dois beaucoup aux petits frères dans mon évolution personnelle, j’ai appris à donner comme à recevoir. »Alexis Duval – Le Monde 23 décembre 2014

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Rodin Munganga

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