Pascale Clark : « On met les personnes âgées au ban de la société et ça me révolte ! »

13 juillet 2020
Pascale Clark : le sort réservé aux personnes âgées la révolte

Pascale Clark : le sort réservé aux personnes âgées la révolte ! © Pascal Ito/ Flammarion

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De retour à la radio sur Europe 1 tout l’été dans « Culture Médias », c’est dans son ouvrage « Mute » (éditions Flammarion) que la journaliste Pascale Clark se confie sur la fin de vie de sa maman devenue dépendante et incapable de parler. Pour les Petits Frères des Pauvres, elle témoigne de sa colère quant au sort réservé aux personnes âgées dans la société et incite à changer de regard sur nos aînés.

Petits Frères des Pauvres : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire cet ouvrage ?

Pascale Clark : J’ai eu envie d’écrire Mute lorsque j’ai réalisé le parallèle entre le sort de ma maman et le mien. Nous avons toujours été très proches toutes les deux et elle m’a toujours écouté à la radio. Lorsque j’ai quitté France Inter dans des circonstances un peu brutales, j’ai réalisé après coup que cela correspondait au moment où elle-même perdait la parole. Elle était atteinte d’une maladie neurologique dégénérative donc elle a passé les dernières années de sa vie dans un lit, et sur la fin particulièrement, je me suis beaucoup occupée d’elle. 
C’est à la fois un livre sur la parole avec d’un côté mon expérience à la radio et de l’autre, l’occasion de parler de cette génération de femmes, nées dans les années 30, qui n’ont jamais vraiment eu la parole dans leur vie. 
Cela m’a permis de décrire aussi - parce que j’y ai été confrontée- la vieillesse et la façon dont les personnes âgées, au bout d’un moment, n’intéressent plus du tout le monde. J’ai trouvé ça très choquant, et encore, j’ai écrit le livre avant la crise du Covid-19 où nous avons vu des horreurs ! 

Petits Frères des Pauvres : Comment vous êtes-vous rendue compte que votre maman, comme tant d’autres personnes âgées, n’intéressait plus grand monde ? 

Pascale Clark : Le parallèle a continué : à partir du moment où je n’étais plus à la radio, je n’intéressais plus vraiment et elle, petit à petit, il n’y avait plus grand monde pour venir la voir. Bien sûr, chacun a sa vie (ce ne sont pas des accusations que je lance) et on oublie souvent que nos aînés ont des trésors en eux ! On met les personnes âgées au ban de la société et ça me révolte ! Aujourd’hui, on vit de plus en plus longtemps et on est vieux de plus en plus jeune, c’est bizarre… Pourtant, les personnes âgées ont tellement de choses à apporter. J’avais monté une série de podcasts pour « BoxSons » où nous faisions parler les personnes âgées. D’une dizaine d’épisodes, cela s’appelait « Mémoire Vive » et c’est passionnant à écouter car cette mémoire-là doit se transmettre. La transmission, c’est fondamental. Ma mère a réchappé de la rafle du Vél d’hiv et je n’ai jamais vraiment eu l’occasion d’en parler avec elle : évidemment l’histoire circulait dans la famille mais je n’ai pas trouvé de moment idéal pour aborder le sujet. 

Petits Frères des Pauvres : Selon vous, est-ce que la crise du Covid-19 a davantage mis en lumière les personnes âgées ou au contraire, pensez-vous que cela a été pire ?

Pascale Clark : Ce qui s’est passé dans les Ehpad était horrible. De nombreuses personnes âgées sont mortes seules, c’est terrible ! J’imagine qu’elles ont dû se sentir mises au ban de la société : non seulement elles étaient confinées dans des établissements mais en plus, elles sont mortes seules… Lorsque le temps sera venu d’analyser cette crise et de prendre du recul, nous ne serons pas fiers de nous. 

on oublie souvent que nos aînés ont des trésors en eux ! 


Petits Frères des Pauvres : Les Petits Frères des Pauvres luttent pour qu’on change de regard sur la vieillesse et qu’on fasse en sorte d’inclure davantage les personnes âgées dans la société. Est-ce que vous avez le sentiment qu’en vieillissant, les personnes âgées sont déconsidérées par les citoyens ? Selon vous, qu’est-ce qui devrait changer dans notre société ? 

Pascale Clark : J’ai le sentiment que rien ne va. Encore une fois, ce sont des personnes qui ont des trésors en elles et nous ne les écoutons pas, nous ne leur donnons plus la parole. Il n’y a plus de rôle pour elles. C’est le cas dans les entreprises : il faut des plus jeunes et des plus âgés car chacun peut apporter à l’autre. Il y a aussi souvent de très belles relations entre grands-parents et petits-enfants par exemple. De plus en plus me semble-t-il, on juge les personnes sur leur âge, et au bout d’un moment, c’est comme si vous deveniez un poids pour la société ! 
Et surtout, il persiste un vrai problème autour de la fin de vie : nous vivons de plus en plus longtemps et en relative bonne santé mais peu de solutions existent. Dans le livre, j’explique avoir tout fait pour tenir une promesse à ma mère : celle de ne jamais la placer en Ehpad.

Petits Frères des Pauvres : Vous dîtes vous être occupée de votre mère pour lui éviter l’Ehpad : « Je ne vois pas de solution se dessiner pour tenir jusqu’au bout la promesse formulée dès le début de ton invalidité de ne jamais t’envoyer en Ehpad, je te le promets, dans un grand accent mélodramatique, tu m’avais lancé que si tu y allais, tu en mourrais ». Était-ce sa grande crainte d’y aller ou la vôtre ?

Pascale Clark : Il s’agissait d’une crainte partagée. Ma mère était très moderne et elle sympathisait souvent avec des jeunes alors je pense que l’Ehpad n’était tout simplement pas fait pour elle. Il n’y a rien de tel que d’être chez soi ! On pourrait tenter de maintenir les personnes âgées à domicile. On en parle régulièrement mais rien n’avance ! Je crois que c’est une sorte de mort avant l’heure de confiner ensemble, dans ces lieux qui sont pour certains à but lucratif, avec un personnel en manque d’effectif, des personnes âgées qui ne sont qu’entre elles. Dans ces conditions, tout le monde souffre… 

Petits Frères des Pauvres : Si vous deviez faire un bilan : diriez-vous que c’est l’expérience avec votre maman qui vous a sensibilisé au sort des aînés ou que vous l’étiez déjà ? Est-ce qu’au-delà de dénoncer dans les médias, cela vous a donné envie de vous engager pour une association par exemple ? 

Pascale Clark : J’ai toujours aimé mes grands-parents (rires). J’ai toujours aimé les personnes âgées que je regarde avec respect. Ils ont tellement de vie en eux ! 
Mais je n’avais pas envie de m’engager tout de suite, car j’avais déjà des choses à régler avec moi-même. Pour l’avenir, on verra…

Infos pratiques :

Mute
Pascale Clark
Editions Flammarion
Paru le 19/02/2020
18 €

Mute : le livre de Pascale Clark

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