»Accueillies chez lui », témoignage de Marie-Thérèse, bénévole

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Dans la vie il est des rencontres improbables créatrices d'un lien humain extraordinaire, c'est celui que nous avons tissé, Sophie et moi avec Roger.

Ayant grandi en milieu agricole, Roger travaille dur dès l’adolescence. Il devient ouvrier après des études où l’exigence de discipline le dessert alors qu’il est doué. Très jeune, il est entraîné à boire pour tenir le coup. Il adore faire la fête, sa vie personnelle est marquée de plusieurs ruptures (en partie liées à son addiction, dit-il). Il fréquente depuis plusieurs années un lieu d’accueil de l’association ouvert aux personnes en grande précarité. A 65 ans, sa situation personnelle s’empirant, un appartement lui est proposé ainsi qu’un accompagnement à domicile.Très indépendant, sa vie de quartier est liée à ses habitudes d’addiction. Un transport à l’hôpital, après une chute dans la rue, révèle la nécessité d’examens complémentaires : l’annonce d’un cancer de la langue ne l’étonne pas, mais le bouleverse.Sophie, bénévole de l’équipe du territoire, passe chez lui chaque semaine.Il se questionne sur les soins proposés (chirurgie, chimio, rayons…). C’est dur : elle sollicite l’appui de notre équipe d’accompagnement des personnes malades, et je suis présentée à Roger.Quelles que soient les tempêtes du dehors et du dedans, il y a chaque mercredi ces heures de partage en confiance et d’estime réciproque. Au-delà de conditions de vie matérielles, que l’une et l’autre avons eu du mal à dépasser, se sont fondées durant 18 mois des rencontres où la recherche de convivialité de Roger, prenant toujours soin de nous recevoir avec toute la délicatesse dont il était capable, étaient touchantes. A chaque brève hospitalisation, nous venons à lui. Il veut mourir chez lui, n’ouvre plus la porte aux soignants, seulement à nous.Son corps, sans vie, est découvert un matin.Il nous a quittées selon son souhait, discrètement, seul dans son appartement, confronté aux attaques violentes de la maladie. Nous regrettons de n’avoir pu lui dire au revoir, mais ce sont des gestes simples qui restent, marquant vraiment la confiance et le plaisir avec lesquels il nous a partagé son histoire, ses souvenirs, bons et mauvais et ses colères exprimées pour nous avec le plus doux des sourires.Marie-Thérèse

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Rodin Munganga

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