Témoignage

Angèle, François, Suzanne... et les autres à Morainvilliers

12 novembre 2010
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Catherine ''nouvelle bénévole Communication'' à la Fraternité Paris-Ouest, nous relate ses premières impressions lors d'un séjour vacances à Morainvilliers au mois d'août dernier.

François « Je suis bien ici, au calme, j'aime l'endroit, je n'ai pas envie d'aller ailleurs » dit-il, souriant. La conversation avec François N. s'est amorcée dès mon arrivée. Je suis assise face à lui. Seul son déambulateur et ses pieds nus aux ongles longs nous séparent. François a 66 ans. Il a un grave problème d'alcoolisme, fume trois paquets de cigarettes par jour… depuis « toujours » dit-il, toussant dru. Sa silhouette voûtée, son crâne et son front sillonnés de cicatrices témoignent de ses chutes régulières. Ses doigts jaunis de nicotine, son visage abîmé, soulignent ses yeux fatigués. De grands yeux doux qu'un croissant de larmes bordent en permanence. « Dans une autre vie », François était coiffeur pour dames, rue du Fbg St Honoré. Il coiffait quelques célébrités : Catherine Deneuve et sa sœur Françoise Dorléac qu'il nomme familièrement par son prénom. A l'évocation de sa filmographie, de sa beauté, de sa délicatesse, une lumière éclaire ses prunelles. Admirative. Tout en allumant une nouvelle cigarette, il écrase la précédente dans une vasque Médicis en pierre remplie de terre. De la cendre tombe sur son polo bordeaux, se colle au cœur doré d'une des chaînes qui ornent son cou. Françoise Dorléac, il peut en parler des heures entières, François… Il est si heureux d'avoir quitté son minuscule rez-de-chaussée parisien pour fumer en rêvant dans le parc... En fait, François, je le connais depuis deux heures... à peine. Il séjourne pour quelques jours de vacances, dans une maison bourgeoise du 18e siècle, cernée de cèdres. Le château de Morainvilliers, situé à quelques encablures de Paris, en lisière de forêt, propriété des petits frères des Pauvres, accueille plusieurs fois par an des personnes âgées isolées et en situation de précarité. Premier pas de bénévole Début août dernier, à l'occasion de mes premiers pas de bénévole au sein de la Fraternité Paris-Ouest, au service communication, l'occasion m'est donnée de découvrir au fil d'une journée, « un séjour de vacances » géré par l'association. Pour quelques jours, une petite dizaine de volontaires profitent du cadre enchanteur. Et bénéficient des attentions d'une équipe efficace, jeune, joyeuse, animée par une douzaine de filles et garçons, de vingt à vingt-cinq ans, tous bénévoles, encadrés par quelques référents expérimentés. Angèle   Après le repas collectif, personnes accompagnées et bénévoles s'égaillent dans la verdure : une partie de boules s'improvise… « Tu pointes ou tu tires ? ». Au loin, un couple se forme : Laetitia, vingt ans et Angèle S., une demoiselle de 101 ans cheminent sous les frondaisons, tout sourire. Sur la terrasse, une esthéticienne masse des pieds fatigués, tandis que dans la salle de coiffage, mise en plis, brushing et couleurs sont assurés par des apprentis coiffeurs qui chouchoutent leurs vieux amis. Je suis frappée par la jovialité qui règne partout. Suzanne   Suzanne L., 86 ans, coquette, s'installe au soleil à mes côtés. D'emblée la conversation s'engage sur son plaisir de prendre du repos au château. Un site « qui l'a séduit par sa proximité » de la capitale. Et un studio étouffant, sous les toits de zinc, boulevard de Courcelles, quitté avec soulagement pour respirer le « bon air » des Yvelines et « se changer les idées. » Sa chevelure neige apprêtée de frais, met en valeur ses yeux bleus pétillants, que rehausse un soupçon de rouge à lèvres. Même lorsqu'elle évoque l'AVC subie il y a quelques années, suite au choc provoqué par «le vœu de son fils, qui vit en Bretagne, de lui faire intégrer une maison de retraite », Suzanne est ravie, comme les autres pensionnaires, de partager avec leurs bénévoles, les délicieux biscuits du goûter. Du bonheur. Rien que du bonheur lu dans le regard de François, Suzanne, Angèle... De la reconnaissance aussi, pour « ces jeunes prévenants, respectueux, dans leur manière de s'occuper de nous. » Une chaleur humaine communicative, comme un fil d'Ariane invisible, relie tout ce petit monde tendu vers une seule envie : se réchauffer le cœur ensemble et partager pour se sentir vivre. Une belle journée positive, colorée de gaieté, et de sourires. Un plaidoyer pour l'amour de nos aînés. Catherine B

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