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Après avoir perdu son mari du Covid-19, Jeanne-Rachel, 72 ans se retrouve sans logement

11 mars 2021
Témoignage : un relogement d'urgence pendant le covid-19

Jeanne-Rachel, relogée d'urgence pendant la crise sanitaire, grâce aux Petits Frères des Pauvres. © Rocketclips, Inc./ Shutterstock.com

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Il y a un an, la vie de Jeanne-Rachel s’est effondrée. Elle a perdu sa maison, son mari est mort subitement du coronavirus et les liens se sont distendus avec sa fille. Heureusement, les Petits Frères des Pauvres ont été présents pour la soutenir, lui trouver un logement et l’aider à remonter la pente. Émue et extrêmement reconnaissante, elle raconte.

D’une voix cassée par les larmes, Jeanne-Rachel, 72 ans, retrace ces quelques semaines il y a un an qui ont fait basculer sa vie dans un cauchemar sans fin. Après avoir travaillé toute sa vie, elle se retrouve en difficulté avec son mari pour payer les 5 dernières années du prêt de leur pavillon familial. « Malgré nos tentatives pour renégocier notre crédit, notre maison a été vendue aux enchères de Bobigny (93). Nous avons pu rester un an de plus avant d’être expulsés. En attendant, nous avions loué un box pour mettre nos affaires et nos meubles. », explique-t-elle.

Au mois de mars 2020, elle est emmenée d’urgence à l’hôpital pour une hypertension. « J’avais 24 de tension ! Je crois que c’était à cause du stress… Mon mari m’accompagne car on ne veut pas qu’il reste seul à la maison. Finalement, c’est lui qui est hospitalisé pour une crise d’asthme. », se rappelle Jeanne-Rachel.

Une perte incommensurable…

Alors que son mari est hospitalisé, Jeanne-Rachel parvient à échanger avec lui quotidiennement grâce à son téléphone portable. 

« Le 6e jour, il se met à tousser et on l’emmène en réanimation. À partir de là, on lui prend son téléphone et je ne suis plus au courant directement de ce qu’il se passe. C’est ma fille qui me transmet les informations car elle estime que je suis trop inquiète et que c’est plus simple pour l’hôpital d’avoir un seul interlocuteur. », regrette-t-elle.

Pour Jeanne-Rachel, cette séparation et le manque d’informations sont sources d’une grande angoisse : « Quand vous avez vécu 50 ans avec une personne et que vous êtes séparés du jour au lendemain, c’est dur… En plus, on ne m’a pas dit qu’il avait le Covid-19 ! On a finalement dit à ma fille qu’il était entubé. Je suppose que ma fille me disait des choses pour apaiser mes angoisses. »

Le 2 avril, le mari de Jeanne-Rachel décède subitement. Une mort soudaine, très difficile à vivre, surtout en cette période de crise sanitaire. « Partir aussi vite, c’est terrible ! On a un sentiment d’abandon. Je ne l’ai même pas vu ! », déplore-t-elle. 

Après des tergiversations pour rapatrier le corps au Cameroun, pays d’origine des deux époux, Jeanne-Rachel décide finalement d’enterrer son mari au cimetière de Villepinte. « J’ai enterré mon mari grâce à des dons. Moi-même, je n’avais même pas un centime pour le faire ! », s’émeut-elle. 

À 72 ans, sans logement…

La maison vendue, son mari emporté par le Covid-19, Jeanne-Rachel se retrouve face à une montagne de soucis financiers. Sa fille, avec qui elle entretenait jusque-là une bonne relation, devient plus distante. « J’ai appelé l’assistance sociale qui suivait mon dossier pour lui demander de l’aide. Je lui ai dit : "si vous ne venez pas me chercher, je vais me suicider. Je n’ai plus mon mari, je ne comprends plus ce qu’il se passe…" », confie-t-elle.

Aujourd'hui, je me retrouve avec un toit et le pain quotidien

L’équipe des Petits Frères des Pauvres d’accompagnement vers le logement en Ile-de-France intervient alors pour prendre en charge Jeanne-Rachel. Elle est relogée dans un appartement situé à Villepinte (93). « Je suis juste venue avec un sac à la main dans cette résidence. Karole, salariée des Petits Frères des Pauvres, m’a dit qu’ils allaient tout prendre en charge. J’ai commencé à pleurer. Je suis tombée des nues. Si elle ne m’avait pas prise, je n’avais pas de quoi manger. Aujourd’hui, je me retrouve avec un toit et le pain quotidien. », remercie-t-elle.

Les Petits Frères des Pauvres, une aide inestimable

Très reconnaissante et n’ayant jamais eu besoin d’aide auparavant, Jeanne-Rachel s’inquiète de savoir comment restituer ce qu’on lui a donné : « J’ai demandé comment j’allais rembourser cet appartement et toute l’aide reçue. Karole m’a répondu que pour l’instant, je n’avais pas à m’en préoccuper. Elle m’a dit que plus tard, quand je serai bien, que je pourrais aussi aider à mon tour d’autres gens… car ce qu’on me donnait, c’était ce qu’on avait reçu de la part d’autres personnes, qu’il s’agissait de dons. », relate l’aînée.

Si je perds ce lieu, je ne sais pas où j’irais. 

Pour elle, ce soutien des Petits Frères des Pauvres est inespéré. Dans sa détresse, l’Association représente une bouée de sauvetage. Très croyante, Jeanne-Rachel le voit comme un cadeau : « J’ai des prothèses aux genoux, je ne peux pas m’agenouiller parce que ça me fait très mal, mais je vous le dis, je me suis mise sur le ventre, les bras allongés devant moi, pour remercier le ciel. Parce que ce que les Petits Frères des Pauvres font, c’est incroyable. Je pense qu’au moment où on m’a accueillie, j’étais au-dessus de la pauvreté. »

Grâce à ce relogement, Jeanne-Rachel a enfin un toit au-dessus de la tête mais elle continue de démêler des soucis financiers qui l’épuise : « Je ne pensais pas que la fin d’une existence était aussi horrible pour certains. Quand vous êtes âgé, c’est comme si l’on vous considérait comme un ver de terre qu’on repousse avec un bâton. »

Aujourd’hui, elle peut compter sur l’aide des Petits Frères des Pauvres : « Si je perds ce lieu, je ne sais pas où j’irais. L’Etat n’a rien fait pour moi ! Heureusement, les Petits Frères des Pauvres sont là, ils sont tous gentils. C’est comme un bras en or pour moi, quand il vous tient vous avez l’impression de renaître ! », conclue-t-elle.

 

 

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