Témoignage

Filmeuse de paroles

10 juin 2009
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Souvent les gens me demandent : “Qu'est-ce que ça t'apporte de faire du bénévolat ?” Bien sûr, j'y trouve mon compte ! Mais est-ce que ça doit toujours apporter quelque chose immédiatement ? Donner gratuitement, on n'a plus tellement l'habitude à l'heure actuelle et je trouve ça dommage. .

Cécile B., bénévole dans l'équipe de Strasbourg. Des visages, souriants, songeurs, confiants, filmés en plans serrés. Des regards malicieux, embrumés, interrogateurs, résignés... Et des paroles pudiques, qui révèlent la solitude de chacun : «Beaucoup de gens veulent se cacher parce qu'ils ont honte d'être seuls», affirme André, qui avoue qu'une invitation à déjeuner est une «délivrance» pour l'handicapé qu'il est. Lucie essuie une larme en évoquant «Monsieur Robert», son bénévole, et Huguette, 80 ans, au regard espiègle, se penche vers son interlocuteur, comme pour lui chuchoter une confidence : «Je ne tiens pas tellement à devenir vieille...».FILMEUSE DE PAROLES à Strasbourg. En 9 minutes 3 secondes, et trois courts chapitres «Nos Vieux Amis» est une évocation pudique et émouvante de la condition des personnes âgées. Et des effets bénéfiques de la présence des petits frères auprès d'elles. Cécile Biehler, 26 ans, qui en est la réalisatrice, est monteuse audiovisuelle à FR3 Strasbourg, et bénévole dans l'association strasbourgeoise qui a fêté, le 24 mai 2006, son vingt-deuxième anniversaire. «En discutant avec les personnes âgées lors des sorties, je trouvais qu'elles exprimaient des choses assez fortes et j'ai eu envie de le transmettre.». «J'ai voulu leur donner la parole parce qu'elles avaient plein de choses à dire», répond Cécile lorsqu'on lui demande pourquoi elle a eu envie de filmer ces octogénaires si dignes. «Souvent, poursuit-elle, on pense que, parce qu'elles sont âgées, elles sont complètement séniles, alors qu'elles ont une vision assez juste d'elles-mêmes. Elles sont très lucides sur la vieillesse, sur leur situation et sur la manière dont elles peuvent être perçues...».Deux anniversaires, puisque les petits frères des Pauvres fêtent en 2006 leurs soixante années d'existence, l'inauguration d'un nouveau local, puisque les bénévoles strasbourgeois accueillent désormais leurs «Vieux Amis», boulevard Wilson, en plein cœur de la capitale européenne : l'occasion était trop belle! Cécile emprunte du matériel aux amis, une «caméra grand public»et un banc de montage, et se fait un devoir de convaincre les uns et les autres : «Je suis allée voir celles qui seraient susceptibles d'avoir envie de parler...»...Discrète, Cécile ne filme que Madeleine et Lucie dans leur cadre de vie. Elle profite d'une invitation à déjeuner au local pour enregistrer les images des six autres intervenants, les prenant à part pour les interviewer à tour de rôle : «Je me suis rendu compte qu'ils étaient très à l'aise à l'image. Peut-être était-ce le repas, ou parce qu'ils étaient avec les gens de l'association, ou le fait d'écouter un peu de musique... ».Avec son statut d'intermittente, Cécile a pas mal de temps libre et le désir de donner de sa personne. C'est ainsi qu'elle se lance, à 23 ans, dans le bénévolat. Elle s'engage en premier lieu dans une association qui accueille les familles de prisonniers à la maison d'arrêt de Strasbourg puis, en novembre 2004, rejoint les petits frères via le Centre du volontariat de la ville : «Être au contact avec des personnes qui vieillissent ne me fait pas peur, affirme-t-elle. De toute façon, c'est une réalité. Évidemment, il y a des moments où ça n'est pas évident, parce qu'il y a de la souffrance dans leurs paroles, mais en même temps ça relativise les difficultés de ma vie personnelle!». Enthousiaste et réfléchie, la jeune bénévole évoque ses chers Vieux Amis, les excursions et les fêtes, ou les vacances d'été à l'abbaye de Pothières, en Côte d'Or... Elle apprécie l'expérience des plus âgés, «super enrichissante»,pour elle dont les grands-parents, en vertu de leur éducation, étaient assez réservés : «Ils ne parlaient pas beaucoup; il n'y pas forcément eu de transmission de savoir ou d'expérience. C'est ce que j'ai avec les gens de l'association.». Il y a Madeleine, 89 ans, femme de batelier «qui a passé sa vie sur le Rhin», et qui déclare devant la caméra de Cécile : «Plus je vieillis, moins je prends la vie au sérieux! Je suis heureuse et satisfaite», avouant quand même : «C'est la chaleur humaine qui m'aide et me fait sourire, les bénévoles qui me rendent visite, les personnes que je croise aux sorties...». Il y a encore Lucie, qui depuis vingt ans participe à tous les événements des petits frères strasbourgeois, toujours disposée à répondre à la moindre sollicitation des bénévoles! Il y a tous ces moments heureux et le plaisir que tous prennent ensemble lorsqu'ils sont réunis. Cécile se dit néanmoins vigilante pour rester dans une juste distance, garder «un certain recul»afin que chacun conserve son autonomie : «Le but, assure-t-elle, c'est de les aider le temps où l'on est présents pour qu'elles aient un peu de baume au cœur, et conservent un peu plus d'énergie pour continuer quand on n'est pas là.». Garder un certain recul Diffusé en format DVD, le film a reçu un bon accueil chez ses interprètes et même chez les copains de la jeune monteuse, un peu perplexes devant ses préoccupations : «En fait, iIs ont été touchés: ils ont trouvé que chaque personne avait sa personnalité et qu'elles étaient toutes attachantes.». C'est un support pour faire connaître l'association, imagine Cécile qui verrait bien le film projeté aux nouveaux bénévoles pour leur donner un aperçu du public et de l'action des petits frères. «Quand je suis entrée dans l'association, je ne connaissais pas encore très bien ses valeurs et c'est au fur et à mesure du bénévolat et des formations que j'ai appris à les connaître. Je m'y retrouve complètement: le côté fraternité, accompagnement, écoute... Simplement prendre le temps pour quelqu'un d'autre, l'écouter parler, ce n'est pas inutile à l'heure actuelle!».

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