« Avant, je les voyais même pas vraiment » : dans les collèges, des ateliers qui changent le regard sur l’âge

Le programme « Génération Liens » proposé aux classes de 5e, et bientôt au lycée, permet d’explorer comment se construisent les stéréotypes liés à l'âge.

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Les Petits Frères des Pauvres interviennent dans les collèges pour changer le regard sur l'âge, dès l'adolescence.

« Je joue aux cartes tous les samedis avec mon voisin. Avant, je lui disais même pas bonjour. »

Cette phrase, c’est un collégien qui la prononce, quelques semaines après avoir participé aux ateliers Génération Liens des Petits Frères des Pauvres

Un autre dit : « je suis allé voir mes grands-parents. Vraiment les voir, pas juste passer. »

Une troisième : « j’ai commencé à parler à la dame du bas de mon immeuble. Je savais même pas son prénom. »

Lancé en 2023, le programme fait partie des actions de mobilisation citoyenne des Petits Frères des Pauvres. Proposé aux classes de 5e, et bientôt au lycée, il est animé par des salariés et des bénévoles de l’association. 

Son objectif : explorer comment se construisent les stéréotypes liés à l’âge, en mesurer les effets dans la vie quotidienne, et encourager des comportements un peu plus attentifs aux autres.

"Les vieux sont lents" : dans les classes, des clichés mis à l'épreuve

En début d’atelier, une phrase s’affiche au tableau : « Les personnes âgées sont lentes et fatiguent vite. » Les élèves doivent se positionner : d’accord, pas d’accord, pas sûr. Certains répondent immédiatement, d’autres regardent autour d’eux avant de choisir. Les discussions s’ouvrent.

Puis une autre affirmation : « À 80 ans, c’est trop tard pour réaliser ses rêves. » Cette fois, c’est moins tranché. Quelques élèves changent de place. D’autres hésitent franchement.

C’est exactement ce que cherchent les ateliers Génération Liens : faire émerger ces réflexes, les mettre en tension. Pendant deux séances, les élèves débattent, rejouent des situations du quotidien, se confrontent à des points de vue différents des leurs.

Bon à savoir

L’âgisme, défini par l’OMS, désigne les stéréotypes, préjugés et discriminations liés à l’âge. Il est souvent intégré dans les comportements du quotidien sans être identifié comme tel.

Le programme génération liens : chiffres clés

  • 1 500 élèves sensibilisés en 2024
  • 25 % des collégiens déclarent avoir changé de regard sur les personnes âgées
  • 28 % passent à l’action après les ateliers
  • 74 % entrent en contact avec une personne âgée dans les mois suivants

Source : Les Petits Frères des Pauvres, 2024-2025

Quand les regards changent : ce que les élèves réalisent

Tous les élèves ne changent pas d’avis de la même manière, ni à la même vitesse. Mais beaucoup découvrent quelque chose qu’ils n’avaient jamais vraiment envisagé : que la vieillesse n’est pas une condition abstraite, mais une expérience vécue, avec ses peines et ses désirs.

" Je les voyais comme des gens qui ne peuvent pas bouger de leur lit. "
Témoignage de collégien.ne
" Avant j'aimais pas les vieux "
Témoignage de collégien.ne
" En fait ils ont les mêmes problèmes que nous. "
Témoignage de collégien.ne
" Je ne savais pas qu'ils pouvaient être tristes. "
Témoignage de collégien.ne
" Ça doit être horrible d'être isolé socialement ".
Témoignage de collégien.ne

 Et parfois, certains élèves passent à l’action : 

 » Je vais désormais saluer les personnes âgées de mon immeuble. « 

Un élève participant à l’atelier

Les enseignants l’observent :

 » Les élèves sont heureux qu’on s’intéresse à eux. Ils ont eux aussi envie d’aider. »

Une enseignante en classe de 5e 

Ce qui se passe après : quand les ateliers dépassent la classe

Derrière ces ateliers, il y a une conviction : attendre que l’isolement s’installe pour intervenir, c’est déjà trop tard. Aujourd’hui en France, 750 000 personnes âgées sont en situation de « mort sociale ». À cette échelle, l’action individuelle ne peut pas suffire. C’est pourquoi l’association développe aussi des actions de sensibilisation à plus grande échelle, pour agir plus tôt et plus largement sur les représentations.

Les effets dépassent d’ailleurs souvent le cadre de la classe : après les ateliers, 62 % des collégiens en parlent à leur entourage.

> En savoir plus sur le programme Génération Liens

Et vous, quels "vieux clichés" vous accompagnent encore ?

L’âgisme ne se limite pas à des propos ouvertement discriminants : il s’installe aussi dans des réflexes, des habitudes, des expressions que l’on ne questionne plus. On les répète sans y penser, jusqu’au moment où l’on s’arrête dessus.

Êtes-vous sûr de ne pas véhiculer certains clichés ?

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