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Pour bien comprendre l’usufruit, il faut partir de la notion de pleine propriété. Être plein propriétaire d’un bien, c’est posséder la totalité des droits sur celui-ci : le droit de l’utiliser, d’en percevoir les fruits (comme les loyers d’un appartement) et le droit d’en disposer (le vendre, le donner).
L’usufruit du conjoint survivant est donc le droit pour l’époux de continuer à jouir des biens de la succession, tandis que les enfants en deviennent les nus-propriétaires.
Le statut d’usufruitier confère des droits importants mais impose aussi des devoirs stricts pour préserver les droits des nus-propriétaires.
Ses droits : Le conjoint usufruitier peut occuper le logement familial, mettre en location les biens immobiliers et percevoir l’intégralité des revenus générés. Il peut également utiliser les biens meubles (mobilier, véhicules) et percevoir les intérêts de placements financiers.
Ses devoirs : En contrepartie, il doit veiller à la bonne conservation des biens. Il est tenu d’assurer les réparations d’entretien (ravalement, toiture, etc.) et de s’acquitter de certaines taxes, comme la taxe foncière. Surtout, il ne peut pas vendre un bien immobilier sans l’accord unanime de tous les nus-propriétaires.
Lorsque tous les enfants du défunt sont également les enfants du conjoint survivant, la loi offre une option à ce dernier (le conjoint survivant) qui peut choisir entre :
Le choix pour l’usufruit du conjoint survivant est souvent privilégié car il assure le maintien intégral du niveau de vie.
Si le défunt laisse des enfants qui ne sont pas issus de son union avec le conjoint survivant, la situation est différente. Pour éviter des situations d’indivision complexes et potentiellement conflictuelles entre le beau-parent (usufruitier) et les beaux-enfants (nus-propriétaires), la loi supprime l’option. Le conjoint survivant n’a alors pas le choix : il recueille obligatoirement le quart des biens en pleine propriété.
En l’absence de descendants, les droits du conjoint survivant sont renforcés.
Pour augmenter la part légale du conjoint survivant et lui offrir plus de flexibilité, les époux peuvent anticiper en rédigeant une donation entre époux, aussi appelée « donation au dernier vivant ».
Cet acte notarié permet d’élargir les droits du survivant au-delà de ce que la loi prévoit. En présence d’enfants, la donation au dernier vivant offre au conjoint survivant trois options possibles :
Cette dernière option est particulièrement intéressante car elle offre les mêmes droits que l’option légale (l’usufruit du conjoint survivant sur tout le patrimoine), mais elle reste disponible même en présence d’enfants d’une précédente union.
La donation entre époux est un outil de protection puissant. Elle peut stipuler que le conjoint survivant aura le choix entre ces trois options au moment du décès, lui permettant de retenir la solution la plus adaptée à sa situation personnelle et financière à cet instant. Ce choix s’ajoute aux droits légaux. Ce choix permet d’avantager le conjoint et de lui assurer une sécurité maximale, tout en respectant la part de la réserve héréditaire due aux enfants.
La principale contrainte de l’usufruit réside dans la relation juridique qui s’instaure avec les nus-propriétaires. Le conjoint survivant ne peut pas prendre seul les décisions les plus importantes concernant les biens. Pour vendre la résidence principale, par exemple, il doit obtenir l’accord de tous les enfants nus-propriétaires. En cas de désaccord, la situation peut se retrouver bloquée.
Cette gestion partagée impose un dialogue et une entente cordiale entre le conjoint et les héritiers réservataires.
Malgré cette contrainte, l’avantage de l’usufruit du conjoint survivant est indéniable. Il garantit au survivant de pouvoir conserver son cadre de vie jusqu’à son décès. Cette mainmise sur une part importante de la succession (voire sa totalité) lui apporte une sécurité matérielle et financière, compensant largement l’inconvénient de la gestion partagée.
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