Ce qu'il faut retenir
Les chutes ont causé plus de 20 000 décès chez les 65 ans et plus en 2024. Voici comment prévenir les risques :
- Adapter le logement aux déplacements et installer des systèmes d’alerte type téléassistance.
- Consulter toujours un médecin traitant après une chute même sans blessure apparente.
- Vérifier tous facteurs de risque : perte d’équilibre, médicaments, peur de tomber.
Chutes des personnes âgées : les chiffres clés en France¹
« Le risque de chute augmente nettement avec l’âge » précise le professeur Hubert Blain, chef du pôle de gérontologie du CHU de Montpellier et responsable du groupe « Prévention des chutes et des fractures » de la SFGG.
Selon le Baromètre santé de Santé publique France en 2024, au-delà de 65 ans, une personne sur 5 dit avoir chuté dans l’année.
Ces chutes peuvent avoir des conséquences dramatiques. En 2024, elles ont entraîné 174 824 hospitalisations et 20 148 décès chez les 65 ans et plus. Par rapport à 2019, les hospitalisations ont augmenté de 20,5 % et les décès de 18 % (Santé publique France). Le coût pour la collectivité atteint près de 2 milliards d’euros par an, dont 1,5 milliard pour l’Assurance maladie.
Pourtant, les chutes « ne sont pas une fatalité ». La Cour des comptes estimait en 2021 que 15 à 30 % des chutes après 65 ans pouvaient être évitées grâce à la prévention.
Quelles sont les principales causes de chute chez les personnes âgées ?
Les facteurs liés à l'état de santé
Avec l’âge, l’état de santé peut se détériorer. Des troubles de l’équilibre, des vertiges, un état de dénutrition, une faiblesse musculaire ou encore une baisse de la vision peuvent affecter l’équilibre et ainsi provoquer des chutes.
Les médicaments qui augmentent le risque de chute
Certains médicaments peuvent causer des étourdissements, des vertiges ou une faiblesse musculaire ce qui augmente le risque de chute.
Un logement inadapté
Un domicile encombré (tapis, câbles, meubles imposants…), des sols glissants, un éclairage insuffisant peuvent augmenter le risque de chute.
Les comportements à risque
Comment évaluer le risque de chute ?
Des outils permettent d’évaluer le risque de chute pour une personne âgée au cours des prochains mois. La Haute Autorité de santé recommande aux professionnels de santé de poser 3 questions principales :
- La personne âgée est-elle tombée au cours des 12 derniers mois ?
- Se sent-elle instable en se mettant debout ou en marchant ?
- A-t-elle peur de tomber ?
Une réponse « oui » à l’une d’elles mérite d’en parler à un médecin. Elle peut aussi justifier de passer aux tests ci-dessous.
Repérer le risque de chute : 3 tests simples
Utilisés par les soignants et cités par la Haute Autorité de santé, ces tests se font à domicile, avec un proche à côté. Ils ne remplacent pas un avis médical.
- L’appui sur un pied. Tenir moins de 5 secondes sur un pied signale un risque accru.
- Le lever de chaise. Se lever et se rasseoir 5 fois sans l’aide des bras. Au-delà de 14 secondes, le risque est important selon la HAS.
- Le Timed Up and Go. Se lever d’une chaise, marcher 3 mètres, faire demi-tour et se rasseoir. À 20 secondes ou plus, le risque est jugé élevé.
Un résultat non concluant ? Parlez-en au médecin traitant.
Comment aménager son logement pour éviter les chutes ?
Adapter le lieu de vie de la personne âgée est l’un des moyens les plus efficaces pour prévenir le risque de chute.
Pièce par pièce : les aménagements prioritaires
- Salle de bain : Barres d’appui, tapis antidérapants ou sièges de douche sécurisent les déplacements. Il est également possible de remplacer la baignoire par une douche à l’italienne (au niveau du sol).
- Chambre : Un lit à une hauteur suffisante pour y entrer et en sortir facilement ainsi que des barres d’appui et interrupteurs à proximité aident à se déplacer en sécurité, notamment la nuit.
- Cuisine : Un éclairage suffisamment fort permet d’éviter les blessures et des meubles ni trop haut ni trop bas permettent d’avoir tout à portée de main.
- Couloirs et escaliers : Tout doit être dégagé pour éviter les obstacles et des mains courantes installées le long des escaliers facilitent la montée et la descente.
- Entrée : Des seuils de porte bas et des rampes peuvent aider à entrer dans le logement et un bon éclairage extérieur peut améliorer la sécurité.
> À LIRE AUSSI : Ce bénévole bricole pour les personnes âgées isolées
Quelles aides financières pour adapter son logement ?
De nombreuses aides financières existent pour financer ces travaux.
- MaPrimeAdapt’ : Accessible sous conditions de ressources, cette aide finance jusqu’à 70% du montant des travaux.
- Caisses de retraite : Certaines proposent des dispositifs d’aides cumulables avec MaPrimeAdapt’.
- Aides locales : Certaines collectivités territoriales (région, département, commune) accordent des aides, des prêts, voire des subventions selon des conditions locales.
- APA : L’Allocation Personnalisée d’Autonomie peut couvrir une partie des dépenses liées à la perte d’autonomie.
- PCH : La Prestation de Compensation du Handicap, versée par le conseil départemental, peut prendre en charge en totalité ou en partie les dépenses liées au handicap.
- Aides fiscales : Il est possible de bénéficier, sous condition de perte d’autonomie et de niveaux de revenus, d’un crédit d’impôt pour certains travaux d’aménagement d’un logement.
La téléassistance : pour qui et comment en bénéficier ?
Ce service permet aux personnes âgées d’être en contact 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 avec un téléopérateur, notamment si elles font une chute dans le logement. Il faut souscrire en règle générale à un abonnement.
Les bonnes habitudes à prendre pour prévenir les chutes
La prévention des risques de chute chez les personnes âgées repose sur cinq axes selon le plan antichute du ministère des Solidarités :
- Savoir repérer les risques de chute et alerter.
- Aménager son logement et sortir en toute sécurité.
- Des aides techniques à la mobilité faites pour tous.
- L’activité physique, meilleure arme antichute.
- La téléassistance pour tous.
Au quotidien, trois habitudes comptent particulièrement
- Faire de l’exercice : « L’activité physique, meilleure arme antichute », c’est l’un des axes du plan ci-dessus . L’exercice peut aider à entretenir et améliorer la force musculaire, l’équilibre et la coordination.
« L’une des priorités est de favoriser l’activité physique adaptée à tous les âges pour lutter contre la sédentarité, qui est la première cause de mortalité évitable selon l’OMS. »
Frédérique Garlaud, directrice nationale de l’action sociale, Assurance retraite dans le 11e Rapport des Petits Frères des Pauvres
- Manger sain et en quantité suffisante : le Pr Agathe Raynaud-Simon, gériatre et nutritionniste, rappelle : « Ce qui est important, c’est de conserver une alimentation variée, de continuer à faire trois vrais repas par jour, de continuer à manger de la viande, des œufs ou du poisson c’est-à-dire des protéines et des laitages. »
- Éviter les risques inutiles : ne pas monter sur des chaises ou tabourets et se lever lentement d’un lit ou d’une chaise pour se prémunir des vertiges ou étourdissements
À LIRE AUSSI : Exercices et activités pour personnes âgées : restez actif !
Que faire si une personne âgée chute ?
Vous êtes présent au moment de la chute d’une personne âgée ? Voici les bons réflexes à suivre.
La personne est consciente et n'a pas mal
C’est l’élément à vérifier en priorité. Si elle vous répond, elle est consciente. Sans douleur, elle pourra se relever avec votre aide et l’appui d’une chaise par exemple.
La personne ne peut pas se relever ou est inconsciente
Si la personne est inconsciente, se plaint de douleurs ou présente des blessures graves, contactez le SAMU (15) ou le 112. Il faut la couvrir et ne pas la déplacer.
Pourquoi rester longtemps au sol est dangereux
Rester longtemps au sol après une chute peut entraîner des complications graves pour la santé. Les études montrent qu’au-delà d’une heure passée au sol, le risque de décès dans les six mois qui suivent est multiplié par cinq.
Seul chez soi : comment alerter les secours et se relever
Si la personne âgée vit seule, elle doit pouvoir prévenir les secours par différents moyens : un bouton de téléassistance, un téléphone ou encore un objet bruyant pour attirer l’attention des voisins.
Quelle surveillance après la chute d'une personne âgée ?
Les signes qui doivent alerter dans les jours suivants
Prévenez les secours rapidement si certains signes apparaissent après la chute d’une personne âgée : perte de connaissance, confusion inhabituelle ou douleur vive.
Pourquoi consulter après une chute, même sans blessure
Le bilan de santé permet de mieux comprendre les causes de la chute : malnutrition, maladie dégénérative, troubles moteurs ou de la coordination, prise de médicaments ou encore problèmes de vue.
Chutes à répétition : quand s'inquiéter ?
Selon la Haute Autorité de Santé, il faut s’inquiéter et consulter un médecin dès qu’une personne (en particulier de plus de 65 ans) subit au moins deux chutes au cours d’une période de 12 mois.
Peur de tomber et isolement : le cercle vicieux après une chute
Le syndrome post-chute, qu'est-ce que c'est ?
« La chute est un marqueur de fragilité et un facteur prédictif de dépendance », indique la Haute Autorité de Santé. Ce type d’accident se révèle parfois traumatisant d’un point de vue émotionnel et entraîne un syndrome post-chute : la personne développe une peur de tomber de nouveau qui peut aller jusqu’à la dépression. Ce syndrome touche entre 15 et 20 % des personnes âgées après une chute (Revue médicale suisse).
Quand la peur de tomber isole
Par crainte de retomber, ces personnes limitent leurs sorties et leurs contacts, ce qui fragilise leurs muscles, leur équilibre et leur moral : un cercle vicieux peut se mettre en place.
Cette crainte est très répandue : près d’une personne âgée sur trois (30 %) redoute de chuter lors de ses déplacements. Elle est plus marquée chez celles qui vivent seules (34 %) que celles qui vivent en couple (25 %), selon le dernier rapport des Petits Frères des Pauvres.
Garder du lien : le rôle des proches et des bénévoles
« Avant, il n’y avait pas cette crainte de tomber. C’est venu après la chute avec le poignet, puis la hanche. Depuis, c’est fini. »
Nicole, 69 ans, accompagnée par les Petits Frères des Pauvres
Face à ce repli, le lien compte autant que les gestes de prévention. Proches, voisins et bénévoles aident à retrouver confiance, une sortie après l’autre.
Voilà pourquoi les Petits Frères des Pauvres s’appuient sur 15 000 bénévoles pour aller chez les habitants ou dans les communes les plus isolées, notamment avec le dispositif « Baraques à Frat' ».
Les Petits Frères des Pauvres incitent également à l’échange grâce à des dispositifs comme Solitud’écoute, une plateforme téléphonique qui libère la parole pour celles et ceux qui n’ont personne avec qui parler.
FAQ — tout savoir sur les Chutes des personnes âgées
Combien de personnes chutent chaque année ?
Selon Santé publique France, en 2024, une personne sur cinq après 65 ans dit avoir chuté dans l’année. Ces chutes ont entraîné près de 175 000 hospitalisations et plus de 20 000 décès.
Faut-il toujours consulter après une chute ?
Oui, il est fortement conseillé d’aller chez un médecin après une chute même sans blessure apparente pour vérifier qu’il n’existe aucun traumatisme indétectable et comprendre les causes de la chute.
Quels exercices permettent d’améliorer l’équilibre ?
Se tenir debout sur un pied quelques secondes en s’appuyant sur le dossier d’une chaise ou encore s’entrainer à marcher en posant d’abord le talon puis les orteils permettent d’améliorer l’équilibre en toute sécurité.
Qu’est-ce que le syndrome post-chute ?
Lorsqu’une personne âgée fait une chute, elle peut craindre de tomber à nouveau. Ce traumatisme psychologique – qui peut conduire à la dépression – la pousse à moins se déplacer et l’isole davantage.
VRAI OU FAUX : les idees reçues sur les chutes de personnes âgées
Une chute sans blessure n’est pas grave
Une chute, même sans blessure, peut causer un traumatisme psychologique. Par ailleurs, elle peut être liée à des facteurs médicaux qu’il convient de surveiller : maladie neurodégénérative, baisse de la vue ou de la masse musculaire.
Adapter son logement au risque de chute coûte cher
Il est parfois nécessaire de réaliser des travaux pour améliorer les déplacements et prévenir les risques de chute. Des aides existent cependant pour prendre en charge une partie du coût. Des solutions simples et peu onéreuses sont également possibles : retirer les obstacles au sol, installer des ampoules plus fortes ou une barre d’appui au niveau de la douche.
Avec l’âge, le risque de chute grave augmente
En 2024, selon Santé Publique France, le taux d’hospitalisation lié à une chute est 8,6 fois plus élevé chez les plus de 85 ans que chez les 65-74 ans. Le taux de mortalité est 29 fois plus élevé.
Sources
- ¹Données | Santé publique France
- ANIL : Comment aménager son logement pour bien vieillir chez soi ?
- Pour les personnes âgées : Aménager son logement | Pour les personnes âgées
- Centre de prévention Agirc-Arrco : Réagir en cas de chute : conseils et prévention pour la sécurité des seniors
- Santé publique France : Le traumatisme | Santé publique France