Le projet « Vieux Migrants » : un nouvel axe de l'accompagnement à la Fraternité Paris Sud

15 mars 2010
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Le projet d'accompagnement des « vieux migrants », à l'initiative de plusieurs partenaires du 15ème arrondissement, constitue un nouveau champ d'action pour la Fraternité Paris Sud des petits frères des Pauvres. Problématique émergente, elle interroge les pratiques de soutien et réaffirme le besoin de solidarité.

En 2003, Isabelle Péan, coordinatrice en charge des actions collectives au Point Paris Emeraude, CLIC (centre local d'information et de coordination) du 15ème financé par le Conseil Général de Paris, sensibilisée aux difficultés rencontrées par la population des « vieux migrants », constitue un groupe de travail composé de différents professionnels de l'action sociale (les services sociaux départementaux de polyvalence, de la CRAMIF, du HEGP, le CASVP 15ème) du 15ème arrondissement.

L'Adoma (ex Sonacotra, société nationale pour la construction de logements en direction des travailleurs « migrants »), constatant depuis quelques années, un vieillissement des personnes vivant au sein de ses foyers, a décidé de se rapprocher en 2004 de ce groupe de professionnels de l'action sociale.

Ainsi, Mme Margarida NOGUEIRA (Directrice de l'agence sud de Paris) a-t-elle commencé à participer régulièrement à ses réunions.

Par la suite, le groupe a fait des démarches d'élargissement en intégrant d'autres gestionnaires de foyers (notamment de l'AFTAM).

Après une première phase de découverte des problématiques, ce groupe, qui partageait la même conviction qu'il était nécessaire d'établir une présence et un lien sur le « terrain », a mis en place les plusieurs actions d'accès aux droits et de prévention santé.

Afin de créer un lien plus régulier et plus personnalisé, tout en favorisant la confiance entre travailleurs sociaux et « vieux migrants », il a été décidé de contacter les Petits Frères des Pauvres.

Ces derniers, devaient permettre la réalisation d'actions variées et complémentaires de celles du groupe, actions orientées sur la rupture de l'isolement, s'appuyant l'accompagnement individuel, et collectif, notamment au travers du loisir et de sorties culturelles.

Après une phase de gestation, l'action à destination des « Vieux migrants » s'est concrétisée en 2008.

Certaines singularités Ces travailleurs étrangers viennent, pour la plupart d'entre eux, d'Afrique du Nord et d'Afrique sub-saharienne.

Arrivés en France dans les années 1950 à 1970, ils ont contribué à la reconstruction d'après-guerre et ont constitué un apport de main d'œuvre pour l'économie française alors en plein boom.

En France, ils sont près de 70 000 âgés de plus de 50 ans à vivre dans les foyers de travailleurs migrants.

Certains de ceux dont s'occupent les petits frères des Pauvres avaient notamment vécu dans des logements particulièrement insalubres, les « bidonvilles » de Nanterre.

Par la suite, ils ont été relogés dans ces foyers plus modernes.

Très autonomes et habitués à compter sur eux-mêmes ils ont parfois manifesté une certaine surprise, voire une réserve initiale vis-à-vis de ce projet d'accompagnement des petits frères des Pauvres.

Ne disposant que d'un faible niveau de vie, et fragilisés par une vie professionnelle souvent dure (dans le bâtiment ou l'automobile par exemple), la plupart de ces travailleurs retraités sont confrontés à des problèmes de santé.

Celle-ci étant d'ailleurs rendue plus précaire avec leur avancée en âge.

C'est aussi une population marquée par l'importance des déplacements entre la France et le pays d'origine, témoignant ainsi de leur double ancrage entre ces deux pays, des solidarités entretenues envers les proches, mais aussi des difficultés rencontrées pour séjourner durablement hors de France (le maintien des droits au régime général de l'assurance maladie étant conditionné à une résidence de plus de six mois en France).

C'est notamment cet aspect des choses qui a rendu plus complexe une action continue.

Néanmoins, le travail a pu commencer en début 2008 et prendre son essor en 2009 dans deux foyers (ADOMA, AFTAM) situés dans le 15e arrondissement.

Il s'est ensuite étendu à une autre résidence d'ADOMA toujours dans le 15e.

La plus grande, 73 rue de la Procession, accueillait avant le début de la réhabilitation un peu plus de 300 résidents dont 1/3 de retraités.

Certaines résidences sont « insalubres » souligne Françoise Cabo, qui coordonne les actions de la Fraternité Paris Sud concernant les « vieux migrants ».

«Les conditions de vie y sont souvent encore très difficiles, mais de nombreuses réhabilitations sont en cours. L'accompagnement par les petits frères des Pauvres y est particulièrement justifié » ajoute Béatrice de Tressan, présidente de la Fraternité Paris Sud.

En effet, petit à petit, les foyers sont rénovés.

Il y a souvent urgence, certains logements étant très dégradés, les parties communes abîmées.

Des actions variées La Fraternité Paris Sud participe aux actions engagées par le groupe de professionnels, ces dernières étant articulées autour de l'accès aux droits et des questions de santé.

Ainsi des temps d'information et de prévention en matière de santé (conférences sur les problèmes liés au diabète, aux risques dentaires, sur la prévention des chutes, ou encore sur l'action sociale des caisses de retraite en direction des retraités) ont été organisés par le groupe de professionnels.

Des intervenants divers comme un ergothérapeute ou tout récemment en janvier une podologue ont permis de sensibiliser les « vieux migrants » à ces questions.

Des consultations ont même eu lieu sur place.

«On a même pu par ce biais sauver une personne qui avait un taux de diabète trop élevé», rappelle avec fierté Françoise Cabo.

En parallèle les bénévoles des petits frères des Pauvres ont réalisé des permanences d'accueil hebdomadaires, notamment au foyer de l'AFTAM rue Falguière.

Elles ont permis par exemple d'aider à remplir des documents administratifs (dossiers de retraite entre autres).

Par ailleurs, l'accompagnement de vieux migrants par ces bénévoles au cours de différentes démarches de soins (rendez-vous chez le médecin, aide pour l'obtention d'un devis par le dentiste etc.), a permis d'assurer un relais concret et adapté, en complémentarité avec les actions plus «théoriques».

Mais la Fraternité Paris Sud n'a pas voulu se limiter à une simple réponse, certes nécessaire, aux problèmes immédiats auxquels sont confrontés les vieux migrants.

Un autre volet très important de l'opération porte sur des activités culturelles. C'est d'ailleurs largement pourquoi elle a été sollicitée.

« Des sorties ont été assez régulièrement organisées depuis l'automne 2008 » explique Souad Azzimani, une jeune professeur d'anglais, bénévole depuis septembre 2008.

Le cirque d'hiver, (« une première pour eux »), les Invalides (« ils ont beaucoup apprécié les tirailleurs de la guerre avec leurs beaux costumes »), la Tour Eiffel (« c'était émouvant car un des migrants avait travaillé pour les jardins autour de la Tour ») ou l'Institut du Monde Arabe (IMA) ont été l'objet de visites en petits groupes, généralement une dizaine de personnes.

Avec l'aide de son directeur, François Compain, un projet de réhabilitation et d'embellissement a été mené au foyer AFTAM par certains résidants, des bénévoles des pfP, et des jeunes de l'association «Unis-cité».

Il a permis la réalisation de 7 fresques murales.

Un vernissage a eu lieu à la fin de chaque fresque.

C'est Alexandra Roussopoulos, une artiste peintre qui dirige déjà l'atelier peinture de la Fraternité Paris Sud, qui a animé et encadré ces réalisations collectives.

Si cette opération à destination des vieux migrants a suscité au début des réactions prudentes, nombre d'entre eux ont été enthousiasmés par les actions proposées, «une fois qu'on a gagné leur confiance », insiste Mme Cabo.

(Voir le témoignage en encadré) Souad Azzimani le confirme : « pour les convaincre de suivre nos activités, cela met du temps, il faut qu'ils s'habituent à nous ».

« Au début, ils craignaient le regard des autres pendant les visites.

Mais en fait, ils étaient contents. Au fur et à mesure, ils se sont de plus en plus intéressés aux activités.

Ils ont même demandé que l'on fasse des photos souvenirs pour les envoyer à leur famille ».

Des perspectives d'évolution Mais le programme peut être mieux suivi et mis en valeur, les actions peuvent être encore améliorées pensent les différents acteurs de la Fraternité.

Quant aux « vieux migrants », ils réagissent favorablement aux propositions quand on les interroge.

Une des difficultés de cette action a été pendant les premiers temps de recruter des bénévoles pour ce public.

Souad Azzimani reconnaît que « c'est un secteur difficile parce qu'il y a une spécificité. C'est une population que les gens connaissent peu.» Mais depuis peu on est passé de 5 à 9 bénévoles.

De plus ces bénévoles sont arabophones, ce qui facilite la communication avec certains vieux migrants qui ne maîtrisent pas toujours parfaitement le français.

Autre problème, le manque de visibilité des actions menées. Il faut se faire mieux connaître pour développer un accompagnement plus personnalisé.

Et aussi pour attirer davantage de « migrants ».

Souvent « ils ne sont pas nombreux à participer » et « c'est souvent par le bouche à oreille qu'ils viennent aux activités », indique Françoise Cabo.

Mais une fois qu'ils sont convaincus, ce sont les mêmes qui reviennent explique Souad Azzimani.

Au-delà de ces difficultés, au moins deux axes pour mener des actions peuvent être suivis.

D'abord en essayant de tenter de mieux répondre à leurs attentes.

La difficulté est « qu'ils n'expriment pas de désirs réels » ce qui rend plus ardu de définir des actions.

Mais l'expérience de la visite à l'IMA est à cet égard instructive.

« Ils sentaient que cela leur appartenait, que c'était leur culture », souligne Françoise Cabo.

Cependant Souad Azzimani estime qu'il ne faut pas seulement se focaliser sur leur origine.

Beaucoup ont des difficultés liées au vieillissement comme d'autres personnes de leur âge.

Il ne faut donc pas « les enfermer dans leur culture d'origine » ; une « culture d'origine » elle-même d'ailleurs travaillée par l'expérience de l'exil.

D'autre part les actions peuvent être renforcées et élargies. Françoise Cabo souhaiterait organiser des sorties une fois par mois au restaurant de Chanoiness…

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