Andréa, 93 ans, pensait ne plus jamais revoir sa famille

Andréa, 93 ans, au centre, entourée de Mireille sa petite cousine, ainsi que sa fille et sa petite-fille, lors de leurs retrouvailles après 33 ans d'absence Petits Frères des Pauvres
Andréa retrouve sa petite-cousine Mireille après 33 ans de silence, entourée de sa fille Céline et de sa petite-fille Juliette, autour de l'album de famille. (c) Droits réservés

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Elle avait perdu le fil depuis plus de trente ans. À Saint-Julien-les-Villas, Andréa vivait seule, entourée de ses souvenirs et de Coline, sa bénévole des Petits Frères des Pauvres. Jusqu'au jour où une photo dans un journal local a tout changé.

Une enfance en commun, des décennies de silence

Mireille a grandi aux côtés d’Andréa. Son père et elle étaient cousins germains. Elle vivait près d’eux, d’abord en région parisienne, puis à Aix-en-Othe. Mireille se souvient des tartes aux pommes, d’un premier nounours identique à celui du fils d’Andréa. De cette présence chaleureuse et constante qu’on appelle « tante » sans que le mot soit exact.

Et puis les années passent. Les déménagements, les deuils. Au décès de ses parents, Mireille cherche à renouer. Elle contacte la mairie du dernier domicile connu d’Andréa, sans résultat. Le silence s’épaissit. Andréa, elle, finit par se croire sans famille.

Une photo dans un journal

En décembre 2025, L’Est Éclair publie un reportage sur le repas de Noël qu’Andréa partage chaque année avec Coline, sa bénévole des Petits Frères des Pauvres à l’équipe de Troyes.  Andréa raconte sa solitude et ce lien précieux qui brise l’hiver.

Andréa, 93 ans, pensait ne plus jamais revoir sa famille

C’est Juliette, 12 ans, la petite-fille de Mireille, qui a relancé les recherches sans le savoir. Ses questions sur la famille, un soir de début d’année 2026, poussent Mireille à tenter une dernière fois. Elle tape le nom d’Andréa Lajon dans un moteur de recherche. Une photo apparaît. Une vieille dame aux yeux riants, attablée pour Noël avec une jeune femme.

Sa tante Dédée.

Se retrouver chez elle, "pour être tranquilles"

Mireille contacte l’association. Andréa l’appelle. « C’était beaucoup d’émotions », dira Mireille. Elles échangent plusieurs fois au téléphone avant de fixer une date.
Andréa pose une condition : pas de restaurant. Les recevoir chez elle. « Pour être tranquilles pour parler. »

Le samedi 9 mai, Mireille fait le trajet depuis le Val-de-Marne avec Céline et Juliette. Autour d’un album de photos qu’elle a apporté, des décennies remontent. La jeunesse d’Andréa, un vélo, des visages. « Je me souviens de tes tartes aux pommes, je n’en ai jamais mangé d’aussi délicieuses. » Et le nounours : « Mon premier nounours, c’est toi qui me l’as offert […]. Je l’ai toujours. »

Après le déjeuner, les quatre femmes font une balade. Andréa, qui avait dit en début de journée, avec cet humour qui ne la quitte pas, qu’à 93 ans elle était « près de la sortie », rayonne.

La prochaine fois, avec Coline

La bénévole n’avait pas pu être présente ce jour-là. Mais son nom a traversé toute la journée. Sans ce repas de Noël raconté dans un journal, sans cette présence régulière qui avait donné envie à Andréa de témoigner, Mireille n’aurait jamais trouvé sa tante Dédée.

« J’aurais tant aimé qu’elle soit là, c’est aussi grâce à elle tout ça ! » Mireille a aussitôt promis de revenir. La prochaine fois, avec Coline.

Des milliers de personnes âgées attendent, comme Andréa, une présence régulière. Nos équipes recherchent des bénévoles partout en France.

Propos recueillis par Anne Genévrier, journaliste, pour le journal L’Est éclair.

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