Cet article fait parti du dossier consacré au Rapport « Mobilités et isolement des personnes âgées » 2026 des Petits Frères des Pauvres.
L’étude s’appuie sur une enquête CSA Research menée auprès de 1 824 personnes âgées de 60 ans et plus, en métropole comme en Martinique et en Guadeloupe, complétée par douze entretiens qualitatifs. Les repères qui suivent en résument les principaux enseignements, illustrés par les témoignages de personnes accompagnées par l’Association.
#1 - Près d'un million de PERSONNES âgées "assignées à résidence"
Le Rapport nomme ainsi les personnes qui ne marchent pas ou très peu, ne conduisent plus et n’utilisent pas les transports en commun. Pour elles, chaque sortie devient un obstacle, quand elle n’est pas tout simplement impossible. Cette situation touche particulièrement les personnes les plus âgées et les plus précaires.
Jacqueline, 90 ans
#2 - Plus de 3 millions se sentent isolées à cause de leurs difficultés de déplacement
Ce lien entre mobilité et isolement est au cœur du Rapport : moins on sort, moins on voit du monde, plus l’enfermement s’installe. Les personnes en situation de précarité sont deux fois plus concernées que la moyenne.
« Je suis complètement isolée. Je suis enfermée chez moi.»
Eliane, 86 ans
#3 - Une personne âgée sur deux freinée par la douleur ou la maladie
Ces limitations physiques touchent près d’une personne sur deux au quotidien, mais seulement 7 % d’entre elles bénéficient d’une aide pour se déplacer. Quand elles y ont recours, c’est d’abord auprès d’un proche : les aides matérielles comme la canne ou le déambulateur restent minoritaires, souvent par difficulté à accepter ce qu’elles symbolisent.
« Heureusement qu’il est là, mon déambulateur. Si je ne l’avais pas… je ne sortirais pas, pas du tout. »
Nicole, 69 ans
#3 - Une sur trois redoute de chuter
Cette peur touche jusqu’à 45 % des personnes de 80 ans et plus. Elle suffit souvent à limiter les sorties, bien avant qu’une chute survienne réellement.
Pierrette, 92 ans
#4 - Après 80 ans, 39 % ont arrêté de conduire
Près de 80 % des personnes âgées conduisent encore, et la plupart jugent difficile de s’en passer. Mais avec l’âge, la voiture s’efface peu à peu : 39 % des 80 ans et plus ne conduisent déjà plus. Son arrêt marque souvent une rupture dans l’autonomie.
« J’adorais conduire… pour moi, arrêter c’était une distraction, une joie qui me quittait et une indépendance qui me quittait. »
Marie, 88 ans
#6 - Plus de 2,5 millions ont renoncé à voir des proches, plus de 1,5 million à des soins
Autour de chaque logement se dessine peu à peu une « zone de sécurité » que la personne connaît et maîtrise, au-delà de laquelle elle s’aventure de moins en moins. Le renoncement aux soins double presque chez les personnes les plus modestes.
« Je ne peux plus aller chez le médecin. Je ne peux plus aller faire un examen. »
Eliane, 86 ans
Ces 6 chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Le Rapport « Mobilités et Isolement des personnes âgées » éclaire aussi le mécanisme du cercle vicieux mobilité-isolement, les causes profondes de ces renoncements, physiques comme psychologiques, et détaille des pistes concrètes pour agir.