Cet article fait parti du dossier consacré au rapport « Mobilités et isolement des personnes âgées » 2026 des Petits Frères des Pauvres.
Quand un accident de santé referme le monde
Le point de départ est presque toujours le même : un événement de santé qui ampute, d’un coup, une partie de l’autonomie. Il faut alors tout réapprendre, retrouver ses repères, parfois renoncer à des activités pratiquées depuis des années.
Les parcours d’Eliane et Michel ne sont pas des exceptions. En France, 3 millions de personnes âgées, soit 17 % des personnes de soixante ans et plus, se disent isolées par leurs difficultés de déplacement.
> Découvrir les témoignages complets de Michel, Eliane et Mauricette
Une peur qui s'ajoute, et qui s'auto-entretient
Au-delà de l’incapacité physique, un second mécanisme s’installe chez beaucoup de personnes âgées : la peur de tomber, de se perdre, de ne pas savoir faire face à un imprévu. On renonce à sortir parce que l’on a peur, puis la peur grandit parce que l’on ne sort plus.
Quentin Llewellyn, directeur conseil chez CSA Research, qui a dirigé l’enquête à l’origine du Rapport, l’observe directement dans les témoignages recueilli :
« la véritable frontière se situe souvent ailleurs. Elle se niche dans l’appréhension de l’extérieur, le manque de confiance en soi ou le regard porté sur soi-même […] Deux personnes confrontées aux mêmes limitations physiques peuvent ainsi entretenir des rapports totalement différents au déplacement. »
Quentin Llewellyn
Directeur conseil chez CSA Research
Mélanie Rossi, cheffe de projet à Solitud’écoute, la ligne d’écoute des Petits Frères des Pauvres, entend ce même mécanisme se répéter au téléphone :
Les personnes qui appellent ne parlent pas spontanément de perte de mobilité. Elles racontent plutôt qu’elles ont dû arrêter de conduire, qu’elles appréhendent les transports en commun […] Derrière ces situations du quotidien se dessine souvent un même phénomène : un retrait progressif de la vie sociale et le renforcement d’un sentiment d’isolement. »
Mélanie Rossi
Cheffe de projet Solitud’écoute
Des facteurs qui aggravent la spirale
Ce cercle ne touche pas tout le monde de la même façon.
Vivre seul, avancer en âge, résider loin des commerces et des transports, ou disposer de revenus modestes : toutes ces situations ne créent pas forcément l’isolement, mais toutes l’accélèrent.
Chacune retire une ressource qui aurait pu freiner l’engrenage : une présence rassurante, une bonne santé, une alternative à la voiture, les moyens financiers de se faire accompagner.
Sortir du cercle
Aujourd’hui, 51 % des personnes de soixante ans et plus sortent encore tous les jours de chez elles, contre 75 % en 2017 : la tendance se dégrade, mais elle n’est pas jouée d’avance. Reprendre confiance, retrouver une occasion de sortir, même modeste, suffit parfois à l’enrayer.
> Lire aussi : Mobilités et isolement : 6 chiffres clés du rapport 2026
Recréer ces occasions de sortir, accompagner une reprise de confiance : c’est précisément le rôle que les bénévoles des Petits Frères des Pauvres jouent auprès des personnes qu’ils visitent.
Découvrez comment les Petits Frères des Pauvres vont vers les personnes isolées, à travers les visites de proximité, les sorties accompagnées et les dispositifs « aller vers » déployés sur le terrain.
Cet article fait parti du dossier consacré au rapport « Mobilités et isolement des personnes âgées » 2026 des Petits Frères des Pauvres.