Chaque mois, près de 3 cas de morts solitaires en moyenne en France : que faire ?

En 2025, une trentaine de personnes âgées ont été retrouvées mortes chez elles un certain temps après. © Pinglabel / Shutterstock.com

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Depuis 2022, les Petits Frères des Pauvres réalisent un recensement annuel des morts solitaires de personnes âgées à partir des articles de presse, en l’absence de statistiques publiques nationales sur le sujet. En 2025, plus d’une trentaine de personnes âgées ont été retrouvées mortes chez elles, parfois plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années après leur décès. Ces situations extrêmes interrogent notre capacité collective à maintenir le lien social et à prévenir l’isolement.

Le profil des personnes mortes seules

Un corps découvert tardivement, un logement resté fermé, une absence qui n’alerte personne : ces drames ne sont pas des faits divers isolés. Ils constituent la conséquence la plus extrême de la « mort sociale », qui touche aujourd’hui 750 000 personnes âgées en France, privées de relations avec leur entourage, leur voisinage et le tissu associatif (3e Baromètre Solitude et isolement des personnes âgées – 2025). Ces situations posent une question douloureuse, souvent tue : peut-on mourir de solitude ?

Pour l’association, alerter sur ces morts solitaires est indissociable d’un objectif central : agir en amont, par le maintien du lien, pour éviter que des personnes âgées ne deviennent invisibles.

Des parcours marqués par la rupture sociale

Dans la majorité des cas recensés, les personnes âgées mortes seules vivaient sans relations familiales ou amicales régulières. Certaines avaient rompu volontairement les contacts, d’autres s’étaient progressivement effacées, sans être repérées par les dispositifs de solidarité existants. Il s’agit souvent d’un décès de personne isolée ou d’un décès de personne seule, survenu à domicile

Ces situations concernent souvent des personnes de moins de 80 ans, peu connues des services sociaux, aux parcours de vie fragiles, parfois en refus d’aide. L’isolement ne se voit pas toujours : il s’installe dans la durée, à bas bruit, jusqu’à ce que plus personne ne s’inquiète. Mourir seul sans famille devient alors une réalité silencieuse, 

Une inquiétude trop tardive

Dans presque tous les cas, l’alerte finit par venir : une boîte aux lettres pleine, un loyer impayé, des odeurs inhabituelles. À Paris, après la découverte tardive du corps de Gérard L., une voisine confiait :

« Il y a une sorte de déni. Les gens ne veulent pas imaginer cela. »

À Agen, au sujet de Georgette D. une commerçante racontait :

« On s’est bien rendu compte qu’il se passait quelque chose de bizarre. La lumière était allumée tout le temps, la fenêtre était ouverte. »

De la mort sociale à la mort solitaire

Un phénomène largement sous-estimé

En 2025, plus de 30 morts solitaires de personnes âgées ont été recensées par l’association, essentiellement à partir de la presse. Ce chiffre est largement sous-évalué : de nombreux décès ne font l’objet d’aucune médiatisation et passent sous les radars institutionnels, notamment lorsqu’il s’agit d’un décès à domicile la nuit.

Bon à savoir :

Il n’existe aujourd’hui aucun recensement national officiel des morts solitaires en France. C’est pourquoi les Petits Frères des Pauvres appellent à la création d’un Observatoire national de la mort solitaire, afin de mesurer l’ampleur du phénomène et d’en comprendre les causes.

Vieillir à domicile, sans lien

Le souhait majoritaire de vieillir chez soi, combiné au vieillissement démographique, accentue les risques. D’ici 2050, le nombre de personnes de 85 ans et plus vivant seules aura doublé par rapport à 2018 (Insee). Sans relations régulières, l’isolement peut conduire à une invisibilité totale, jusqu’au décès à domicile, parfois découvert tardivement.

Prévenir les morts solitaires : recréer du lien

Le lien humain comme première prévention

Aucun dispositif ne peut empêcher un décès. En revanche, le maintien de relations régulières permet d’éviter que la mort survienne dans l’indifférence. C’est sur ce levier que reposent les actions des Petits Frères des Pauvres : visites à domicile, accompagnement dans la durée, temps collectifs, écoute téléphonique, signalements.

Ces présences simples, inscrites dans le temps, permettent de rompre l’isolement avant qu’il ne devienne irréversible.

Quand le lien change une trajectoire

Les personnes accompagnées témoignent de l’impact concret de cette présence.

« Depuis que je suis avec eux, je ne me sens plus invisible. Quelqu’un pense à moi. »

Sylvie, 76 ans, 
accompagnée par les Petits Frères des Pauvres

« J’ai connu les Petits Frères des Pauvres parce que j’étais seule. Ils sont venus chez moi et m’ont demandé quels étaient mes besoins. Je leur ai dit : de l’affection. »

Jean, 82 ans, 
accompagné par les Petits Frères des Pauvres

Que faire en cas de suspicion ?

Lorsqu’une inquiétude apparaît, il est essentiel de ne pas rester seul face au doute. Agir avec prudence, même avec hésitation, peut éviter qu’un décès de personne isolée ne reste ignoré.

Dans un premier temps, il est recommandé de :

  • frapper à la porte à différents moments de la journée ;

  • tenter un contact téléphonique si le numéro est connu ;

  • laisser un mot visible dans la boîte aux lettres ou sous la porte ;

  • interroger le voisinage, le gardien, le commerçant de proximité.

Si l’absence se prolonge ou si des signaux inhabituels apparaissent (courrier accumulé, volets fermés en permanence, odeurs, lumières allumées jour et nuit), il est important de :

  • ne pas pénétrer dans le logement soi-même ;

  • contacter les secours ou les forces de l’ordre pour signaler la situation ;

  • préciser s’il s’agit d’un possible décès à domicile la nuit ou en journée.

En cas de découverte d’un corps, il convient de :

  • ne toucher à rien ;

  • appeler immédiatement les secours ;

  • rester disponible pour fournir les informations utiles aux autorités.

Qui contacter en cas de décès la nuit ?

En cas de suspicion ou de constat d’un décès à domicile la nuit, les autorités compétentes doivent être contactées sans délai :

  • les services de secours (15 ou 112) ;

  • les sapeurs-pompiers (18) ;

  • les forces de l’ordre (17), notamment si les circonstances sont incertaines.

Ces services sont habilités à intervenir, constater le décès et déclencher les procédures nécessaires, y compris l’orientation vers une assistance décès adaptée.

Agir collectivement

La mort solitaire n’est pas une fatalité. Elle interroge notre vigilance collective et notre capacité à maintenir des liens durables autour des personnes les plus isolées.

Découvrez la campagne Mort Solitaire et les actions de prévention portées par les Petits Frères des Pauvres

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