Solitude, isolement et exclusion dans le grand âge

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En tant que coordinatrice Solitud'écoute de la plateforme de Lyon, Diane Rouzier est confrontée quotidiennement aux situations d'isolement des âgés. Sans focaliser sur le sentiment de solitude ponctuel qui peut toucher tout un chacun, elle s'intéresse ici aux causes et aux conséquences - parfois tragiques - de cette forme particulière d'exclusion sociale.
 
Accueillir et accompagner des personnes isolées de plus de 50 ans est la priorité des petits frères des Pauvres depuis 1946. En 2007, l’association a mis en place un numéro vert : Solitud’écoute, également destiné à (re-)créer du lien social. Mon propos, dans cet article sera essentiellement ciblé sur l’isolement et l’exclusion dans le grand âge, et non sur le sentiment de solitude qui peut également toucher des personnes très entourées.
 
Au cours du vieillissement, beaucoup de facteurs peuvent contribuer à l’isolement : le départ à la retraite, la perte de mobilité, les troubles mnésiques, le veuvage… Petit à petit, la solitude occasionnelle devient un isolement avéré et les aidants professionnels constituent alors l’unique vie sociale de la personne.
 
Mais il existe une autre origine à l’isolement des personnes âgées dont nous sommes tous coresponsables : c’est l’exclusion sociale. Depuis trop longtemps maintenant, le vieillard est considéré dans nos sociétés occidentales, comme un improductif dont la «prise en charge» coûte très cher, et qui – par sa proximité avec la mort – renvoie aux plus jeunes une vision d’avenir quasi intolérable.
 
Il n’est donc pas surprenant de voir ces personnes isolées, ces vieux exclus, développer des comportements et commettre des passages à l’acte, souvent à leurs propres dépens, en réaction à cette société qui cherche à les oublier. Prenons l’exemple des arnaques financières. J. Maisondieu, psychiatre, nous dit ceci : « Aussi dure que soit sa condition, le sujet exploité a une chance que n’a pas le sujet exclu : il est exploitable » (1). On crie souvent au scandale face aux diverses arnaques financières dont sont victimes les personnes âgées. Mais dans quelle mesure le fait d’être exploité ne peut-il pas être interprété chez ces personnes, comme une tentative désespérée d’avoir encore pour quelqu’un, ce que Maisondieu appelle une valeur exploitable ?
 
Le suicide chez la personne âgée peut également être entendu comme une réaction au vécu d’exclusion. D. Bouley, psychiatre au CHU de Saint-Etienne, souligne que « Le suicide de la personne âgée ne produit en général que peu d’émoi médiatique(…). Parce que la personne âgée est considérée comme malade, incurable et que son état ne suscite aucun espoir, le suicide est confusément amalgamé au délicat problème de l’euthanasie. Il est ainsi, pour la plupart, un geste compréhensible et légitime » (2). Or, à l’observation des statistiques sur la question, on constate que le taux de suicide s’élève considérablement à mesure que l’âge augmente.
 
On peut concevoir le suicide comme un acte autonome et la personne âgée suicidée comme quelqu’un qui a repris le contrôle de sa vie. Mais cette dernière, en anticipant elle-même cette mort pourtant proche – tellement proche qu’elle a contribué à sa mise à l’écart – ne nous adresse t-elle pas un ultime message pour signifier cette exclusion, dont nous portons malgré nous une part de responsabilité ?
 
Face aux effets toxiques de l’exclusion, qu’en est-il du positionnement des bénévoles écoutants des petits frères des Pauvres ? En un mot, la fraternité : « ce lien existant entre les hommes considérés comme membres de la famille humaine » et cette valeur si chère à notre association. Si la liberté et l’égalité peuvent se traduire dans une approche législative, la fraternité elle, ne se décrète pas, mais les valeurs qu’elle véhicule permettent de ralentir le développement de ces exclusions.
 
En considérant la personne âgée avant tout comme une personne et en essayant, dans notre écoute, de résister à la tentation de banaliser les épreuves qu’elle nous relate sous prétexte que « c’est de son âge », tout en étant vigilants à éviter un apitoiement qui aurait des effets tout aussi néfastes que la banalisation, nous espérons contribuer à lui redonner sa place de personne à la fois unique et membre, au même titre que nous, de la communauté humaine.
 
Diane Rouzier Coordinatrice Solitud’écoute – plateforme de Lyon | juin 2013
 
 
1 – MAISONDIEU J. (2002) « La vieillesse est-elle synonyme d’exclusion ? » – Gérontologie et société n°102 « âge et exclusion »
2 – BOULEY D. (2010) « focus sur la prévention des conduites suicidaires de la personne âgée en Rhône Alpes » Centre Jean Bergeret
3 – ROBERT P. (1995) Le nouveau petit Robert, Paris.
 
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Rodin Munganga

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