Éliane, 86 ans : « J’aimais me promener, maintenant je ne peux plus »

Éliane, 86 ans a toujours eu un côté solitaire mais elle subit aussi les conséquences de l'isolement. ©Judith Grumbach

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À 86 ans, Éliane vit depuis trente ans dans son appartement à Manosque. Parisienne d’origine, ancienne vendeuse, elle a longtemps aimé marcher, faire ses courses, se promener dans les environs. Mais après plusieurs opérations des jambes et la pose de deux prothèses, sa mobilité s’est fortement réduite.

Ce témoignage fait partie du dossier consacré au rapport « Mobilités et isolement des personnes âgées » 2026 des Petits Frères des Pauvres.

Aujourd’hui, Éliane passe l’essentiel de ses journées chez elle, rythmées par le repos, les jeux de lettres et quelques visites. Une vie qu’elle dit aimer calme mais dans laquelle les possibilités de sortir, de se soigner ou simplement de rencontrer d’autres personnes se sont considérablement réduites.

Qu’est-ce qui a changé dans votre quotidien depuis que vous avez des difficultés à marcher ?

« Tout a changé. Je ne peux plus aller chez le médecin. Je ne peux plus aller faire un examen. »

Eliane ne tient plus longtemps debout. À la maison déjà, chaque tâche demande de l’organisation : elle nettoie son appartement « petit à petit », en plusieurs fois, s’assoit, se relève, puis recommence. Faire la vaisselle ou laver les portes d’un placard peut devenir impossible.

À l’extérieur, les possibilités sont encore plus réduites. « J’aimais me promener, maintenant je ne peux plus. » Lorsqu’elle essaie de sortir, elle choisit les jours de soleil, mais ne tient que quelques minutes avant de devoir rentrer.

Son quotidien s’est progressivement organisé autour de son appartement. Le médecin, l’infirmière et le kinésithérapeute viennent jusqu’à elle. Ses courses sont livrées et un voisin récupère ses médicaments à la pharmacie.

Ce manque de mobilité a aussi des conséquences sur sa santé. Eliane explique ne plus pouvoir se rendre à certains rendez-vous médicaux, notamment pour ses yeux. « Je ne peux plus aller chez le médecin. Je ne peux plus aller faire un examen. » Elle compose désormais avec ce qui est accessible depuis chez elle.

Est-ce que le fait de moins pouvoir sortir vous isole davantage ?

Eliane le dit sans détour : « Je suis complètement isolée. Je suis enfermée chez moi. »

Mais son rapport à la solitude est plus complexe qu’il n’y paraît. Elle explique avoir toujours été solitaire et aimer son calme. Son appartement reste son refuge, un lieu auquel elle est très attachée. « J’ai toujours aimé ma maison, mais aujourd’hui plus qu’hier. »

Pourtant, derrière cette solitude revendiquée apparaissent aussi des renoncements. Les promenades ont disparu. Les rencontres sont devenues difficiles à envisager. Lorsqu’on lui demande si elle aimerait rencontrer quelqu’un de son âge, elle répond que oui, avant de constater immédiatement l’obstacle : « Ça va m’être très dur parce que je ne peux pas me déplacer et la personne ne pourra peut-être pas non plus. »

Ses journées sont désormais très ritualisées. Elle alterne temps de repos et jeux de lettres : mots codés, mots mêlés, Scrabble, parfois plusieurs parties par jour. Une manière, dit-elle, de faire travailler une mémoire qui « flanche ».

Éliane, 86 ans : « J’aimais me promener, maintenant je ne peux plus »

Qu’est-ce que les visites des Petits Frères des Pauvres changent pour vous ?

Eliane reçoit régulièrement la visite de deux bénévoles, Amélie et Marguerite. Deux heures durant lesquelles elles parlent, jouent au Scrabble ou aux dominos, et partagent simplement un moment ensemble.

« Ça change mon moral, déjà. Ils me font parler. Pendant deux heures, je ne vais pas être seule. »

Ce qu’elle apprécie chez elles revient souvent dans son récit : leur simplicité, leur gentillesse, leur naturel. Des qualités essentielles pour Eliane, qui dit aimer « les gens simples ».

Ces visites n’effacent pas les difficultés de mobilité ni les longues heures passées seule chez elle. Mais elles introduisent un rendez-vous, une conversation, une présence. Elles permettent à Eliane d’ouvrir sa porte, de parler « de tout et de rien », de rire et de jouer.

Et au milieu d’un quotidien de plus en plus restreint, ces deux heures prennent une place particulière : celle d’un lien qui continue d’exister malgré l’impossibilité de sortir.

Mobilités et isolement : comprendre le cercle vicieux

Plus de 3 millions de personnes âgées en France se sentent isolées faute de pouvoir se déplacer correctement. Problèmes de santé, peur de bouger, difficultés financières : les personnes âgées peuvent très vite tomber dans un cercle vicieux. 

Le témoignage d’Éliane l’illustre très bien. Le manque de mobilité et l’isolement se renforcent mutuellement. Dans leur dernier rapport, les Petits Frères des pauvres ont analysé ce problème crucial.

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Willy Moreau

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