Michel, 80 ans : « Quand je suis tombé aveugle, je suis resté un peu solitaire chez moi »

Les problèmes de santé fragilisent d'autant plus les personnes âgées qui peuvent se retrouver plus facilement isolées. C'est le cas de Michel, 80 ans. ©Judith Grumbach

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À 80 ans, Michel vit à Saint-Nazaire. Avant ses problèmes de santé, il était très actif . Après une vie professionnelle variée, il a continué à s’investir dans des activités créatives et associatives. Il aimait bricoler, coudre, refaire des fauteuils, participer à des ateliers et rencontrer du monde. Mais depuis plusieurs années, son quotidien a profondément changé.

Ce témoignage fait partie du dossier consacré au rapport « Mobilités et isolement des personnes âgées » 2026 des Petits Frères des Pauvres.

Diabétique depuis l’âge de 50 ans, Michel a subi une première amputation en 2018, puis plusieurs opérations sur l’autre pied. Il est aujourd’hui appareillé aux jambes et se déplace en fauteuil. À cela s’est ajoutée une importante perte de la vue, jusqu’à la cécité.

Des difficultés qui ont progressivement réduit son autonomie et ses possibilités de sortir. Et avec la perte de mobilité, le risque de se retrouver seul s’est installé.

Qu’est-ce qui a changé dans votre quotidien depuis vos problèmes de santé ?

Avant, Michel était « toujours dehors ». Même à la retraite, il participait à des ateliers créatifs et associatifs. Il pouvait prendre le bus, faire ses courses, se déplacer seul.

Après sa première amputation, il avait réussi à retrouver une certaine autonomie grâce à sa prothèse. Puis les problèmes sont apparus sur son autre pied.

« Quand on est appareillé de deux jambes, je peux vous dire qu’on n’est plus du tout avec la même stabilité. »

Il a fallu réapprendre à marcher, reprendre la kinésithérapie et réorganiser les gestes les plus simples. Puis Michel a perdu la vue. 

« Là, ça a été la catastrophe. »

Sans la vue, l’équilibre et les repères disparaissent. Même chez lui, chaque objet doit rester à sa place. Un simple déplacement peut suffire à rendre un objet introuvable. Son appartement a dû être adapté et Michel a dû réapprendre à s’y déplacer.

Ses sorties sont désormais possibles uniquement lorsqu’elles sont préparées et accompagnées. Le transport, l’accompagnement, les lieux, tout doit être anticipé.

Est-ce que ces difficultés de mobilité ont aussi changé votre rapport aux autres ?

Pour Michel, la perte d’autonomie a progressivement entraîné une forme d’isolement. Il résume : « Quand je suis tombé aveugle, je suis resté un peu solitaire chez moi. » Ses journées peuvent se résumer au fauteuil et au lit lorsqu’il n’a pas d’activité. Mais l’isolement ne vient pas seulement de l’impossibilité de sortir.

« Les gens n’osent plus vous appeler, ils ne savent pas quoi vous dire. »

Pourtant, Michel ressent toujours fortement le besoin de parler, d’échanger et de participer. Il cherche donc des occasions de retrouver du lien.

Qu’est-ce que les visites des Petits Frères des Pauvres changent pour vous ?

Depuis janvier 2026, Michel rencontre régulièrement Didier puis Cécile. Avec eux, il retrouve des moments de conversation, participe à des animations et imagine même de petits projets pour faciliter son quotidien.

Ces visites représentent pour lui bien plus qu’une présence. Elles lui permettent de continuer à découvrir, à échanger et à construire des choses avec d’autres personnes. Les sorties accompagnées sont également importantes. Même lorsqu’il ne peut plus voir, Michel aime qu’on lui décrive les lieux où il se trouve. Un paysage, une rue, un restaurant, il a besoin de cela pour imaginer ce qui l’entoure.

Michel, 80 ans : « Quand je suis tombé aveugle, je suis resté un peu solitaire chez moi »

Michel participe à des projets artistiques. Avec une chorégraphe, il a pris part à plusieurs spectacles, d’abord en fauteuil puis, grâce à la rééducation, en réussissant à se mettre debout et à faire quelques pas.

La mobilité reste une contrainte forte. Mais lorsque ces conditions sont réunies, Michel accepte volontiers de sortir. Car derrière les difficultés physiques, ce qu’il cherche avant tout, c’est à rester en mouvement vers les autres.

« Il faut être ouvert aussi aux autres. Il faut vivre, la vie est belle malgré tout. »

Michel le dit simplement. Il faut continuer à sortir, à créer du lien avec les autres. C’est précisément ce que permettent les Petits Frères des Pauvres et ce qui rend le quotidien plus agréable, plus vivant.

Mobilités et isolement : comprendre le cercle vicieux

Plus de 3 millions de personnes âgées en France se sentent isolées faute de pouvoir se déplacer correctement. Problèmes de santé, peur de bouger, difficultés financières : les personnes âgées peuvent très vite tomber dans un cercle vicieux. 

Le témoignage de Michel l’illustre très bien. Le manque de mobilité et l’isolement se renforcent mutuellement. Dans leur dernier rapport, les Petits Frères des pauvres ont analysé ce problème crucial.

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A propos de l’auteur
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Willy Moreau

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